08 novembre 2006

Libéralisme, Etat et Nation


Tous ceux qui pensent que le système capitaliste et le libéralisme sont les conditions sine qua non du développement économique doivent oeuvrer pour rendre ce système durable. Cette tâche revêt deux aspects : être conscient de certaines dérives ou limites du capitalisme tel qu’on le connaît aujourd’hui et convaincre les citoyens qu’un tel régime n’est pas un mal nécessaire mais une véritable opportunité.

Ceci est particulièrement pertinent en France, pays le moins convaincu, si on en croit certains sondages récents, des vertus de l’économie de marché. Il est vrai que le discours libéral dominant dans notre pays insiste davantage sur la résignation que sur la conviction, le thème du déclin brandit par certains en est l’illustration : l’heure n’est plus à convaincre les Français de faire des réformes « libérales » parce qu’elles seraient bonne en-soi mais parce que « c’est cela ou le chaos ». De mon point de vue, il ne suffit pas d’agiter des peurs pour convaincre, il faut faire preuve de pédagogie et accepter le débat d’idée. A ce titre, il me semble incorrect de penser comme certains éditorialistes, intellectuels ou politiques qu’au fond, chacun sait exactement les réformes qu’il faut mener et la politique qu’il faut conduire pour le pays afin de le redresser.

Ainsi, il y aurait d’un côté les « milieux autorisés » qui savent et de l’autre le peuple qu’il faut convaincre coûte que coûte. Cette vision des choses amène à penser qu’il n’y a aucune différence entre la gauche et la droite et tend à nier l’idée même de débat démocratique. En politique il n’y a pas de vérités mais des convictions et des opinions, l’oublier, c’est basculer dans l’idéologie et risquer de vouloir faire le bonheur du peuple malgré lui. En effet, le système économique ne se développera jamais de manière durable contre le régime politique. Quoi qu’on dise aujourd’hui de l’affaiblissement du politique, il ne faut pas oublier qu’en dernier recours et dans les circonstances exceptionnelles, c’est lui qui prime grâce à sa légitimité populaire dont aucun autre type de pouvoir (économique, financier, social, …) ne peut se prévaloir. En démocratie, rien ne doit se faire contre les citoyens.

Quelles sont les limites du système économique actuel ? Selon moi, elles se caractérisent essentiellement par des atteintes portées au citoyen et au salarié. En effet, la principale vertu de l’économie de marché est de favoriser la libre initiative de l’entrepreneur et d’assurer une offre large à moindre coût au consommateur, mais ce mouvement s’accompagne d’une pression sur les salariés et d’une remise en cause du pouvoir des citoyens et des nations. En effet, la mondialisation brouille les cartes et met les salariés du monde entier en concurrence, c’est ainsi qu’on voit en Allemagne des ouvriers accepter un gel de leur augmentation salariale pendant plusieurs années face aux multiples menaces de délocalisation, à un autre niveau, beaucoup de cadres ont vu la pression qui s’exerce sur eux s’accentuer de manière colossale au cours des dernières années. Peut-on se résoudre à de telles dérives ? Quelle image les salariés peuvent-ils avoir de l’avenir dans ces conditions ? Une société dans laquelle « avenir » n’est plus associé à « espérance » est appelée à connaître de graves soubresauts.

Parallèlement, le pouvoir des Etats semble amoindri, ils ne sont plus les principaux décideurs en matière économique et sociale. Il faut souligner de ce point de vue que cette perte d’influence de l’Etat sur l’économie est une bonne chose, car administrer et entreprendre sont deux tâches largement indépendantes, l’essor des anciennes entreprises publiques privatisées (Air France, France Télécom,…) montre à quel point le libéralisme peut être source de développement économique et de création de valeur au sens propre. Ces éléments ne doivent cependant pas nous faire oublier que l’Etat, même s’il n’est pas actionnaire, est souvent un stakeholder incontournable. Il est à ce titre légitime qu’il s’inquiète des plans sociaux massifs, des risques de délocalisation et des OPA hostiles contre des groupes français stratégiques, car en cas de dégâts sociaux et industriels, c’est lui qui est appelé à la rescousse. Tous les sondages le montrent : les Français attendent beaucoup de l’Etat car ils voient en lui un facteur d’ordre, de justice et de stabilité dans un monde qui évolue très rapidement. Une opposition terme à terme entre libéralisme et Etat est donc selon moi vouée à l’échec.

Il faut promouvoir la liberté d’entreprendre et redéfinir le rôle moderne de l’Etat, c’est ainsi que le patriotisme économique prend tout sons sens. En effet, nous vivons en état de guerre économique permanente qui se gagne grâce à l’attractivité et à la compétitivité, cela nécessite donc une force d’impulsion et de coordination. Il faut savoir en revenir aux fondamentaux, le gouvernement doit défendre les intérêts de la nation : il ne suffit donc pas d’être les « bons élèves » du libéralisme et de la mondialisation, encore faut-il se battre à armes égales avec nos voisins. Trop souvent, les pays européens se comportent de manière trop doctrinale voire naïve sur ce sujet, en tous cas si on les compare aux Etats-Unis ou au Japon, les propos de certains membres de la commission européenne, assimilant le patriotisme économique à un protectionnisme camouflé en sont la preuve.

La faillite complète du communisme montre à quel point il faut se méfier des vérités révélées en matière économique et politique, ne soyons donc pas pavloviens en réclamant en toutes circonstances privatisations, baisse des tarifs douaniers et ouverture à la concurrence, sachons faire la part des choses en raisonnant sur des cas particuliers plutôt que sur des schémas théoriques qui ne reflètent que mal la réalité. Les évènements récents qui concernent des secteurs stratégiques pour l’indépendance de notre pays comme l’énergie et l’eau sont un très bon exemple en la matière. Est-il si évident que cela que la nationalité des entreprises opérant dans ces secteurs n’a pas d’importance ? La logique qui consiste au contraire à construire des « champions nationaux » ne se montre-t-elle pas plus pertinente ? Ainsi, on peut tout à fait concilier le libéralisme, c’est-à-dire limiter les interférences entre l’administration et les entreprises, améliorer le financement de l’économie par les marchés d’actions, développer les relations contractuelles entre salariés et employeurs, favoriser la prise de risque... avec la défense, par l’Etat, de l’intérêt national. En effet, aucun projet politique ne peut s’imposer s’il ne cherche pas à transcender l’intérêt individuel. La politique c’est avant tout, comme le souligne Alain Finkielkraut, « le souci du monde » et en particulier le souci de la nation.

2 commentaires:

UMP Sciences Po a dit…

Entre l'ultra-libéralisme et le communisme, il y a le nationalisme républicain qui se traduit à travers la mouvance gaulliste.
A ce propos, vous pouvez lire des article sur le gaullisme en 2006, sur le blog UMP Sciences Po.
On y voit deux tendances:
http://umpsciencespo.hautetfort.com/archive/2006/11/09/de-gaulle-est-mort-vive-le-gaullisme.html

http://umpsciencespo.hautetfort.com/archive/2006/11/04/le-chene-et-les-glands1.html

VLR a dit…

Je préfère le concept de patriotisme à celui de nationalisme qui est beaucoup plus ambigu.