04 février 2009

La Fable de la Relance



A la sortie d’une séance au Parlement, un tribun de l’opposition rencontre un ministre du gouvernement. Très vite la conversation s’engage sur les réponses à apporter à la crise économique qui touche le pays et les moyens de relancer l’activité.





- Bonjour Monsieur du Gouvernement.
- Bonjour Monsieur de l’Opposition.
- Avez-vous entendu le peuple : il gronde. Il vous faut changer de politique.
- Pourquoi changer une politique que je viens à peine de mettre en place et qui n’a pas encore pu produire ces effets. Par ailleurs je suis convaincu que les principes qui guident l’action du Gouvernement sont les bons : notre Salut viendra de la relance par l’investissement.
- Notre Salut, n’y allez vous pas un peu fort ?
- Et bien, jugez par vous-même : cette politique nous conduit aujourd’hui à emprunter à nos amis Chinois pour construire des routes, des ponts et d’autres infrastructures qui généreront des profits dans l’avenir, ce qui nous permettra de rembourser nos amis Chinois. Nous donnons donc de l’activité à court terme sans dégrader nos finances sur le long terme. Au final notre pays sortira renforcé de cette crise.
- Comment voulez-vous que notre pays en sorte renforcé si tous ses habitants se trouvent appauvris par une telle politique. Ce que vous appelez « pays » me semble bien abstrait si cela ne recouvre pas le sort de l’ensemble de sa population.
- Mais qui vous dit que j’oublie le peuple ? En lançant ces grands travaux, je redonne du travail et donc des revenus aux chômeurs. Vous le voyez, ma politique n’oublie personne.
- Vous vous occupez du chômage, fort bien, mais il ne s’agit pas là du seul problème. N’avez-vous point entendu le peuple : il réclame un meilleur niveau de vie, une hausse conséquente et immédiate du pouvoir d’achat. C’est ce que nous autres membres de l’Opposition proposons également avec une relance de la consommation.
- Pouvez-vous m’en dire plus sur votre politique, je crains ne pas tout à fait la comprendre.
- Rien de plus simple, puisqu’elle tombe sous le sens. En distribuant de l’argent aux gens, ils vont le consommer, ce qui augmentera la demande et fera repartir l’activité. Cette politique est parfaite puisqu’elle améliore la vie des gens et qu’elle relance la croissance, c’est la conjugaison de l’efficacité économique et de la justice sociale.
- Mais quel argent comptez-vous distribuer ? N’ignorez-vous pas que les caisses de l’Etat sont vides ?
- J’en conviens, nous comptons donc utiliser la même méthode que celle employée par votre relance par l’investissement : nous allons emprunter auprès de nos amis Chinois.
- Si je comprends bien, vous souhaitez augmenter l’endettement du pays pour distribuer du pouvoir d’achat à nos compatriotes.
- C’est bien cela.
- Dans ce cas, permettez-moi de vous dire que cette politique est totalement contraire à la morale, en plus d’être inefficace sur le plan économique.
- Comme vous y allez !
- En effet, elle est inefficace tout d’abord car une grande partie de l’argent distribué servira à acheter des biens produits hors de nos frontières, ce qui n’aura pas d’impact sur l’emploi. Mais cette politique est surtout immorale : vous souhaitez en somme que les Français d’aujourd’hui reçoivent chacun une télévision de la part des Chinois d’aujourd’hui, charge aux Français de demain de donner deux télévisions aux Chinois de demain. Cela consiste à financer une augmentation de notre de niveau de vie sur le travail de nos enfants, voilà pourquoi je parle d’immoralité.
- Mais qui vous parle de faire payer nos enfants ?
- Ignorez-vous qu’il faut un jour rembourser sa dette ? Et qu’en raison des intérêts il faut rendre plus que ce qu’on nous a donné ?
- Votre raisonnement est peut-être fondé, mais le peuple souffre trop, la relance par la consommation est donc une nécessité.
- Si on vous suit dans votre raisonnement, pouvez-vous m’expliquer pourquoi les habitants du Mali, dont vous m’accorderez qu’ils souffrent davantage que les Français, n’appliquent pas la politique que vous proposez, à savoir emprunter aujourd’hui pour devenir plus riches, consommer davantage, générer de l’activité et rembourser ensuite les sommes empruntées. Le niveau de vie, ou le pouvoir d’achat, n’est pas un choix politique, c’est une résultante économique : on ne peut distribuer que l’argent que l’on produit.
- Cela signifie-t-il qu’on ne peut rien faire pour nos compatriotes en grande difficulté, particulièrement touchés par la crise ? Votre logique comptable ira-t-elle jusqu’à fermer les yeux devant une telle détresse humaine ? Par ailleurs, votre argumentation économique me semble un peu courte : votre relance par l’investissement ne touche pas tous les secteurs d’activité. Si les entreprises de construction y trouvent leur compte, celles qui produisent des biens de consommation continueront à voir leurs carnets de commandes diminuer si la consommation n’est pas relancée.
- Vos objections sont parfaitement recevables, mais que puis-je y faire ?
- S’il n’est pas moralement possible de s’endetter auprès de nos enfants, pourquoi ne pas augmenter les impôts des plus riches pour donner de l’argent aux plus pauvres ?
- Vous n’y pensez pas, les impôts sont déjà très élevés dans notre pays. De surcroît, augmenter les impôts est toujours très impopulaire, je ne veux pas prendre ce risque. Je préfère encore emprunter et attendre que l’inflation réduise le fardeau de la dette pour notre pays.
- Cette fois, c’est moi qui vous arrête : taxation, voilà l’autre nom que je donne à l’inflation. En effet, elle appauvrit tous les consommateurs et diminue la valeur de l’épargne des Français.
- Vous avez raison, nous ne devons pas chercher à gruger le peuple, il faut plutôt adopter un discours de vérité. Je vous propose donc ceci : je m’engage à compléter mon plan de relance par des aides ciblées sur les plus pauvres, qui seront financées par une hausse temporaire des impôts une fois la crise passée.
- Voilà qui me convient parfaitement.
- En retour, vous soutiendrez mon nouveau plan de relance et vous approuverez les hausses d’impôts futures pour ne pas que nos enfants supportent le poids de notre endettement.
- Si tel est l’intérêt du pays, bien que cela me coûte, je le ferai.



Ainsi se quittèrent le tribun de l’Opposition et le ministre du Gouvernement, heureux d’avoir pu dépasser leurs désaccords afin d’œuvrer pour l’intérêt général et intergénérationnel. Bien entendu, tout ceci n’est qu’une fable, dont la morale est parfaitement utopique, surtout appliquée à notre pays.

3 commentaires:

Stanford Psycho a dit…

Voilà mise en fable la parole de Jean Peyrelevade... que l'on peut lire en prose dans "Sarkozy, l'erreur historique" ! :)

VLR a dit…

Pour une fois que je suis d'accord avec un Bayrouiste... Cela n'a d'ailleurs pas empeche le maitre spirituel de Peyrelevade de voter la censure sur ce plan de relance. Comprenne qui pourra...

Stanford Psycho a dit…

J'avoue...