16 février 2009

L'économie, c'est quoi ?

Comme le fait remarquer un lecteur assidu de ce blog, cet article traite du processus Production-Consommation et pas de l'economie au sens large. En particulier, il n'est pas question ici d'échanges. J'essayerai de consacrer bientot un article a ce sujet.


Avant de discuter des théories, il est préférable de s’accorder sur le cadre général dans lequel elles s’inscrivent. C’est le cas de la physique quantique, qui est une théorie-cadre, dans laquelle peuvent se développer des théories plus particulières comme l’interaction entre la matière et le rayonnement ou encore la chimie. C’est également le cas de la philosophie, qui expose tout d’abord une « theoria », c’est-à-dire une représentation du monde (le cosmos pour les stoïciens, l’amour pour les chrétien, le chaos pour Nietzsche) dans laquelle peut se déployer une morale. Il en va de l’économie comme de la physique ou de la philosophie, l’objet de cet article est donc de préciser quelle est ma représentation globale de l’économie, la matrice à partir de laquelle examiner l’ensemble des théories économiques.

Pour être générale, cette théorie doit faire abstraction des systèmes économiques, c’est-à-dire qu’elle doit être également valide dans le cadre du capitalisme que du communisme, du libéralisme comme du totalitarisme ou de l’esclavagisme, du troc comme de l’échange par la monnaie. En effet, il y a bien eu une économie en URSS comme il y en a eu une sous le régime nazi qui, bien qu’étant basées sur des principes complètement antagonistes, s’inscrivaient dans le même cadre général que l’économie de marché. Une autre condition de la généralité est de restreindre au maximum le nombre de concept nécessaire pour décrire la réalité. Pour reprendre l’exemple de l’électrodynamique quantique, elle permet d’expliquer tous les phénomènes physiques et chimiques à l’exception de la gravitation et de ce qui se passe dans le noyau des atomes à partir seulement de trois briques élémentaires : le déplacement d’un photon d’un point à un autre, le déplacement d’un électron d’un point à un autre et l’interaction entre un photon et un électron (obsoprtion ou émission).

Pour l’économie, cinq briques élémentaires sont selon moi nécessaire, ou plutôt quatre plus l’être humain qui est l’origine et la finalité de toute action économique. On peut donc reprendre la célèbre phrase de Protagoras en ce qui concerne l’économie « l’Homme est la mesure de toute chose ». En plus de l’homme, il faut ajouter les concepts de capital, de ressource, de biens (ou de service) et d’utilité. Ces cinq briques essentielles de l’économie forment un cycle représenté schématiquement ci-dessous :



1. Définitions des principaux concepts

Commençons par définir les termes. L’Homme ne pose pas de problème, si ce n’est le politiquement correct qui devrait m’inciter à utiliser les termes « Etre humain » ou « Individus » et que je vais choisir ici d’ignorer tant pour des raisons pratiques qu’idéologiques. L’Homme est le constituant élémentaire de la société dans laquelle va s’opérer les échanges qui caractérisent l’économie.

Le Capital a ici un sens très général, ce n’est pas simplement l’opposition au travail comme dans la théorie marxiste. J’appelle Capital tout ce qui est productif, c’est-à-dire ce qui est à la base du processus de production mais qui ne disparaît pas dans ce processus, même s’il peut s’user. Cette notion recouvre bien évidemment l’ensemble des machines, les lopins de terre ou encore les mines. Mais il faut y ajouter l’être humain en tant que force de travail, d’animal laborans. Ce capital humain se décompose en un capital physique (substituable à la machine) et à un capital intellectuel.

La principale caractéristique du Capital est de fournir des Ressources productives. A la différence du capital, la ressource disparaît au cours du processus de production, c’est le carburant de l’économie. Reprenons les différents types de capitaux pour voir à quelles ressources ils correspondent. Pour les machines, il s’agit de leur utilisation pendant une période donnée, par exemple, la ressource d’un marteau c’est sa capacité à enfoncer des clous. Pour les mines, il s’agit bien évidemment des matières premières (minerai, pétrole, gaz,…) qui y sont extraites pendant une période donnée. Pour la terre, il s’agit de la récolte, par exemple la moisson de blé. Vient alors une question intéressante : un sac de blé, est-ce du Capital ou une Ressource ? Tout dépend en fait de l’usage que l’on en fait : si on l’utilise comme semence pour l’année suivante, c’est du capital, si on l’utilise pour produire de la farine, c’est évidemment une ressource. Enfin, le Capital humain a pour ressource le travail, qu’il soit manuel ou intellectuel. A travers tous ces exemples, on voit bien qu’alors que le Capital peut être évalué de manière ponctuelle, les Ressources n’ont de sens que sur une certaine période.

Les Biens (ou les services) sont le résultat du processus de production, ils sont formés à partir des ressources utilisées et, généralement, ont une valeur supérieure à la somme de ces ressources, c’est lors de cette étape de l’économie que l’on peut parler de valeur ajoutée. Ces biens sont soit consommés, soit épargnés pour venir augmenter le stock de Capital. Ce qui distingue principalement les biens et les services, c’est la nature des ressources qu’ils emploient : alors qu’un bien nécessite des matières premières, des machines et du travail, un service requiert principalement du travail.

L’Utilité est le résultat du processus de consommation pour les individus. C’est une notion essentiellement subjective, qui recouvre à la fois les besoins et les plaisirs de chacun. Cette utilité ne doit pas être confondue avec le bonheur puisqu’elle ne tient compte que de la satisfaction apportée par les biens et les services produits par l’économie. Chaque discipline doit savoir trouver ses limites, pour l’économie, il s’agit précisément de s’arrêter à la notion d’utilité et de ne pas se laisser entraîner par l’idée de bonheur. C’est pour cela qu’aucune politique ne saurait se réduire à des considérations économiques. De par sa subjectivité, la notion d’Utilité est plus difficile à définir et surtout à représenter, en particulier on peut s’interroger sur son caractère absolu ou essentiellement relatif (utilité cardinale ou ordinale).


2. Relations entre ces différents concepts

Après les avoir définis, il s’agit désormais d’esquisser les principales relations qu’entretiennent ces cinq concepts les uns avec les autres. Si l’on reprend le schéma ci-dessus, cela revient à expliciter chacune des flèches.

La relation Homme – Capital

Cette relation est la question essentielle du système économique et du régime politique dans lequel s’inscrit l’économie. Dans le système capitaliste, cette relation repose sur la propriété : chaque individu possède un certain nombre de capitaux : des machines, des outils et bien entendu des forces de travail. Dans un monde libre, chaque Homme est propriétaire de sa propre force de travail et uniquement de celle-ci, contrairement à ce qui se passe sous le régime de l’esclavage. Dans un régime communiste et centralisateur, c’est l’Etat qui possède tous les capitaux et qui les assigne aux différentes individus, la relation n’est donc plus directe mais indirecte. Notons d’ailleurs que même dans les démocraties libérales, un grand nombre de capitaux sont publics c’est-à-dire également possédés par l’Etat. On pourrait également imaginer d’autres systèmes d’organisation, comme l’anarchie où les capitaux n’appartiennent à personne ou encore une organisation pré-sociale où s’appliquerait à tout moment la loi du plus fort. Une autre question fondamentale à propos de cette relation concerne la transmission des capitaux. En effet, si le Capital humain disparaît en même temps que celui à qui il appartient, il n’en va pas de même pour les machines ou les mines. On peut imaginer un système où les biens d’une personne décédée sont donnés à l’Etat qui les redistribue ensuite à toute la population, ou bien qu’ils deviennent la propriété de ses enfants, de sa veuve ou encore d’une personne de son choix. C’est donc au sein de cette relation entre l’Homme et le Capital que s’établissent les grands choix politiques et en particulier la question de la propriété et celle de la succession.

La relation Capital – Ressources

La distinction entre le Capital (qui est un stock) et les Ressources (qui sont un flux) est l’élément essentiel de cette « théoria » économique que j’essaye de construire. La société a en effet tout à gagner à ce que ceux qui possèdent les capitaux les utilisent au maximum de leurs possibilités. Une machine inutilisée au fond d’un garage, un château qui tombe dans l’abandon : voilà des pertes irréversibles pour l’économie. C’est la raison pour laquelle la fiscalité sur le capital est importante : d’un point de vue strictement économique, une personne qui possède un capital dont elle n’arrive pas à assumer l’entretien et l’utilisation doit le céder à ceux qui en ont les moyens. Si l’on s’intéresse maintenant au Capital humain, on est amené à inverser la relation habituellement supposée entre développement économique et chômage. L’idée couramment avancée (et qui est juste à court terme) est que la conjoncture économique détermine l’emploi et donc le chômage. On parle souvent du taux de croissance minimal d’une économie en-dessous duquel on détruit des emplois. En réalité, dans un raisonnement à plus long terme, il faut inverser la causalité pour dire que le chômage se traduit par une sous utilisation et une plus forte dépréciation du Capital humain ce qui limite donc le développement économique. Le « bon capitaliste », d’après ce que je viens d’esquisser, ce n’est pas celui qui possède que ce qui lui est utile mais celui qui permet de tirer le plus de ressources du Capital qu’il possède.

La relation Ressources – Biens

Cette relation recouvre la quasi-totalité du processus productif : il s’agit de l’utilisation des ressources mise à disposition par les Capitalistes pour produire les biens de consommation et d’investissement. Le lieu de cette relation, c’est l’entreprise privée (dans un régime capitaliste) ou la manufacture nationale (dans un régime communiste). Très souvent, cette relation entre les Ressources et les Biens n’est pas directe, elle est intermédiée : on trouve ainsi des agences pour l’emploi qui mettent en relation les travailleurs avec les entrepreneurs ou les banques qui mettent en relation les détenteurs de capitaux avec les entrepreneurs. Cette étape du processus économique, où les Ressources sont transformées en Biens, est essentielle puisque c’est là que se forme toute la richesse de l’économie, c’est-à-dire toute la valeur ajoutée. Pour évaluer la performance d’une économie, on ne s’intéresse d’ailleurs qu’à cette relation en calculant la somme de toutes les valeurs ajoutées de toutes les entreprises pour aboutir au Produit Intérieur Brut. Comment répartir cette richesse créée dans les entreprises ? Il est convenu que cette valeur ajoutée doit se répartir entre le Travail, le Capital et les impôts payés à l’Etat. Dans le cadre proposé dans cet article, cette répartition prend tout son sens : seuls les Capitalistes sont rémunérés, selon la productivité de leurs capitaux. Il n’y a donc pas de différence fondamentale entre l’actionnaire qui réclame son dividende en échange du prêt de ses capitaux-machines, le travailleur qui réclame son salaire en échange de l’utilisation de son capital-humain ou de l’Etat qui réclame des impôts en échange de l’utilisation de biens et de services publics (infrastructure, police, justice, éducation…).

La relation Biens – Capital et la dépréciation du Capital

Comme on l’a déjà indiqué, le Capital est un stock, entre deux périodes il peut donc être diminué ou bien être augmenté. La diminution, c’est ce que l’on appelle la dépréciation du Capital, ce qui correspond généralement à son usure. La machine s’abîme quand on l’utilise, la mine se vide quand on l’exploite, le travailleur se fatigue physiquement et oublie des choses qu’on lui avait enseignées. Il y a donc un risque qu’année après année, le stock de Capital s’amenuise et qu’au bout d’un certain temps aucune activité économique ne soit plus possible (même si certains lecteurs attentifs de ce blog m’objecteront qu’une suite positive décroissante ne tend pas forcément vers zéro !). Pour augmenter le stock de Capital, il faut donc utiliser une partie de la richesse ou de la valeur ajoutée obtenue par la création de Biens pour le renouveler. C’est ce que j’appelle l’épargne ou l’investissement, qui sont dans ma bouche parfaitement synonyme l’un de l’autre. Un bien épargné c’est un bien qui n’a pas vocation à être consommé mais à être investi pour augmenter le stock de Capital. On peut ainsi épargner du travail ou de l’utilisation de machines pour construire d’autres machines, de même on peut épargner du travail pour se former et augmenter ainsi son Capital humain. Entre l’artisan qui construit un outil et le futur travailleur qui étudie, il n’y a donc pas de véritable différence : il s’agit de travailler aujourd’hui pour une activité pas immédiatement productive mais qui augmentera sa productivité à l’avenir. C’est donc l’épargne ou l’investissement qui fait intervenir l’idée de temps dans l’économie et plus particulièrement la notion de calcul intertemporel. Quelle préférence faut-il accorder au présent sur l’avenir et comment la société peut-elle inciter les individus à épargner pour assurer la prospérité future ? Cette réflexion nous conduit inévitablement à la notion de taux d’intérêt qui sert grosso modo à rémunérer le temps que l’artisan a sacrifié pour fabriquer son outil quand il décide de le prêter. Pour le travailleur, l’incitation à se former ne vient pas du taux d’intérêt mais de l’espoir de toucher un meilleur salaire s’il fait de plus longues études. Là encore, intérêt, salaire, impôt, tout ceci n’a qu’un seul nom : rémunération du capital.

La relation Biens – Utilité

Cette relation porte un nom très simple : c’est la consommation. On peut d’ailleurs envisager cette relation dans les deux sens : les individus retirent de l’utilité des biens qu’ils consomment ou les entreprises produisent les biens qui procurent de l’utilité. Tout dépend qui si l’on prend le point de vue de l’offre ou celui de la demande. Il faut avoir à l’esprit que l’augmentation de l’Utilité des consommateurs est la raison d’être de toute l’économie : la propriété, le travail, l’investissement n’en sont que des moyens. Citons à ce propos cette réplique amusante d’un économiste américain à propos du plan de relance de Barack Obama « On nous annonce que ce plan va relancer la croissance et faire baisser le chômage, c’est une bonne nouvelle, même si cela aurait été encore mieux qu’il relance la croissance sans augmenter le travail ! ». La consommation repose sur deux intermédiaires principaux : la distribution et le marketing. Idéalement, ces intermédiaires sont un système de logistique et d’information qui met en relation des consommateurs qui ont des envies avec des entreprises qui ont des produits. Plus souvent, ils consistent à vendre de gré ou de force aux acheteurs ce qui a été produit.

La relation Utilité – Homme

C’est la partie un peu philosophique de l’économie, qui consiste à se demander « A quoi bon ? ». Pourquoi vouloir à tout prix augmenter son utilité, ses plaisirs ? Cela nous rend-il plus heureux ? La réponse la plus sage que l’économie puisse faire à ces questions est précisément de ne pas chercher à y répondre et de laisser cette réflexion fondamentale à la philosophie, à l’art et à la politique, qui semble beaucoup mieux placés pour y répondre. L’économiste, comme le scientifique, doit davantage se focaliser sur la question du comment que sur celle du pourquoi.

3. Questions en suspens et Conclusion

Plusieurs questions mériteraient (et mériteront certainement dans les semaines à venir) d’être traitées à travers cette représentation de l’économie. Tout d’abord, quel est le rôle de la monnaie dans l’économie, quelle est son influence sur chacune des relations explicitées au cours de cet article ? Ensuite, comment valoriser les Capitaux ? Théoriquement, la valorisation d’un Capital doit être la somme actualisée des revenus futurs que ses ressources permettent de produire. Cette valeur se rapproche de ce que Marx appelle la valeur d’usage, valeur que le marché est sensé refléter à tout instant. Comment se fait-il que la valeur d’usage et la valeur de marché puissent différer (bulles financières) ? Enfin, quelle place accorder au prêt et au crédit dans cette représentation de l’économie ?

S’il fallait résumer la résumer en un minimum de mots, je dirais que « l’économie, c’est de la compatibilité et de la morale ». Par comptabilité j’entends une prise en compte de la réalité matérielle du processus de production (on ne peut pas utiliser plus de ressources qu’il n’y en a de créées, on ne peut pas emprunter plus de biens qu’il n’y en a de prêtés…) et par morale j’entends une organisation collective tacitement acceptée par l’ensemble de la société. On a bien vu en effet que toute l’économie repose au départ sur un choix politique qui est celui de la relation entre l’Homme et le Capital. C’est parce que l’esclavage était moralement inacceptable qu’il a été abandonné, de même que l’expropriation de masse par l’Etat. Un système économique ne peut donc persister que s’il est jugé légitime.

L’économie, c’est donc à la fois les marchés et la politique, les premiers apportant l’efficacité quand le second apporte le consensus social. A l’heure où le capitalisme est considéré comme le pire de tous les maux, je reprendrais donc à mon compte cette citation d’Henri Guaino : « le capitalisme est essentiellement moral ».

9 commentaires:

xavier a dit…

Bonjour mon cher VLR,

J’ai une fois de plus lu avec un grand intérêt cet article qui a le mérite de « mettre à plat » ce qu’est l’économie, avant même de parler de systèmes économiques, politiques ou idéologiques. J’aimerai toutefois te faire part d’une remarque, qui n’est probablement que la manifestation de ma compréhension partielle de ce billet – cela dit, défendre ses idées nous aide à les clarifier, n’est-ce pas ?

C’est au sujet de la distinction entre « Capital », « Biens » et « Ressources ». Si j’ai bien compris, le « Capital », c’est l’ensemble des moyens productifs, qui utilisent des « Ressources » afin de produire des « Biens » qui sont consommés – et donc se traduisent en « Utilité » pour l’Homme.

Une maison, est-ce un « Bien » ou du « Capital » ? Pour le propriétaire d’un pavillon de banlieue, il s’agit d’un capital, très clairement. A quoi lui sert ce capital ? à remplir la fonction de « se loger ». On n’imagine pas classer une maison comme « Bien », car il s’agit de quelque chose d’un peu durable. Mais, la durabilité (qui est au cœur de la distinction que tu fais entre « Ressources » et « Capital »), voilà une notion subjective. Prenons un autre exemple.

Le même propriétaire de ce pavillon est également l’heureux acquéreur d’une nouvelle voiture. Une voiture, c’est évident, c’est un « Bien », quelque chose qui va procurer de l’utilité à son détenteur. Pourtant, pour monsieur le propriétaire, c’est aussi une certaine forme de capital : en cas de coup dur, il sait qu’il pourra revendre son véhicule. Poursuivons.

Un émirat pétrolier peut compter sur ses ressources pétrolifères. Le pétrole, c’est une « Ressource », quelque chose qu’on va utiliser pour produire ; le « Capital », c’est aussi quelque chose qu’on va utiliser pour produire, mais la différence c’est la notion de « réutilisation » (qui est, tu en conviendras, un peu vague). Pourtant, l’émirat pétrolier envisage son pétrole comme un capital, quelque chose qu’il possède et sur lequel il peut compter.

Je pense que la distinction essentielle entre « Capital » et « Bien » n’est pas une histoire de valeur ajoutée ou de consommation. Le vrai intérêt d’un « Bien », comme pour la voiture, c’est sa fonction. Une voiture est un capital, dont la fonction est « transporter les gens ». Une maison est un capital, dont la fonction est « loger des gens ». Une œuvre d’art est un capital, dont la fonction est « enchanter l’esprit » (ou que sais-je). C’est de la fonction d’un bien dont l’ « Homme » tire l’ « Utilité », et non du « Bien » lui-même, qui est une autre forme de « Capital ». Un sac de blé est converti en utilité si une partie du « Capital » « sac de blé » est utilisé pour répondre à la fonction « nourrir », alors qu’une autre partie sert à faire fructifier ce même capital. Il n’y a pas lieu, je pense, de classer dans l’une ou l’autre des catégories le sac de blé selon l’utilisation qu’on en fait : il me semble moins artificiel de considérer qu’un sac de blé est toujours une forme de capital, et que c’est l’utilisation de ce « Capital » qui est un élément essentiel de la théorie économique.

L’ « Utilité » prend en entrée les « Fonctions réalisées » par le « Capital ». Une maison peut être soit habitée soit vide : c’est toujours la même maison, mais l’ « Utilité » sociale vient du fait qu’elle est habitée. Un tableau est toujours un tableau : sa valeur (au sens d’ « Utilité » qu’en tirent les « Hommes ») vient du fait qu’il est exposé ou caché. Un sac de blé est toujours un sac de blé : on peut choisir de le consommer pour répondre à la fonction « nourrir » (qui est la raison pour laquelle les « Hommes » en retirent de l’ « Utilité ») ou de l’investir (en la semant, dans l’espoir d’augmenter le « Capital », qui est en l’occurrence composé de « sacs de blé »). La différence, pour le sac de blé, vient de son utilisation.

Il me semble que cette façon d’envisager les choses est moins ambigües, puisqu’on n’a plus à classer un objet, un service ou une connaissance dans une catégorie ou l’autre. De plus, elle est extensible à d’autres catégories. Par exemple l’élève étudie pour acquérir du « Capital » (de la connaissance), c’est certain. Mais s’il décide d’étudier le sanskrit, ce petit improductif ? Et bien il pourra toujours convertir son « Capital », non pas en espèces sonnantes et trébuchantes, mais en « Utilité », au moyen de la fonction « profiter du plaisir de connaître le sanskrit ». L’heureux improductif jouira donc de son « Capital » !

La distinction entre « Ressources » et « Capital » me paraît également critiquable. Revenons à l’émirat pétrolier. Son pétrole, c’est son « Capital », mais la « Ressource » des automobilistes. Son pétrole fond au même rythme que la consommation qu’en font les automobilistes : donc son « Capital » disparaît exactement à la même vitesse que la « Ressource » des automobilistes. Cela est en contradiction avec les définitions de « Capital » et « Ressources ».

Prenons encore un autre exemple, celui du marteau de l’artisan. Celui ci a une durée de vie (par exemple cent mille coup de marteau). Chaque fois que l’artisan enfonce un clou, il use son marteau, et peut enfoncer d’autant moins de clous. Marteau ou pétrole, même combat pour l’artisan. Alors, « Capital » ou « Ressource », le marteau ? C’est un « Capital » selon l’article, car il s’agit d’un stock ; par contre, son utilisation est une « Ressource », car c’est un flux. Pourtant, c’est le même objet, c’est la même utilisation. Il me paraît plus clair de considérer que le marteau est un « Capital », qui s’use selon son utilisation. Le pétrole de l’émirat est un « Capital » pour l’émirat ; c’est aussi un « Capital » pour les automobilistes lorsqu’ils en achètent : ils peuvent choisir de le consommer ou de le stocker, en bref ils en font une certaine utilisation.

La distinction entre « Ressources » et « Capital », entre « flux » et « stock » ne me paraît pas nécessaire. On peut considérer que ce sont deux notions d’une même réalité, qui est « objet physique ou connaissance, possédé ou découvert, et utilisable », que je réunirai sous le vocable « Capital ». Là encore il me semble que cette façon d’envisager le problème a le mérite d’englober beaucoup de cas. L’électricité produite par une centrale est par nature un flux, donc une « Ressource ». On peut considérer qu’il s’agit d’un « Capital » instantané, qui se perd s’il n’est pas utilisé. Un maître ouvrier spécialiste des vitraux (je prends cet exemple car j’aime beaucoup les vitraux) a un savoir-faire unique, qui est son « Capital » ; à l’échelle de plusieurs générations, c’est une « Ressource », car ses connaissances peuvent disparaître avec lui si elles ne sont transmises (c’est un flux, qu’on va utiliser pour produire des vitraux de cathédrale).

Je propose alors l’organisation suivante pour ta « theoria » économique : l’ « Homme » (la finalité de l’économie »), le « Capital » (qui peut être matériel ou immatériel, durable ou instantané, mais qui correspond à la notion de « objet physique ou connaissance, possédé ou découvert, et utilisable »), les « Fonctions réalisées du capital » (se loger, manger des crêpes, faire de la planche à voile, regarder un tableau, profiter du plaisir de connaître le sanskrit), et l’ « Utilité ». La notion d’ « Utilisation du Capital » est alors à ajouter : elle prend en entrée le « Capital », et a deux sorties : une vers les « Fonctions réalisées du capital » (consommation du « Capital », qui peut l’user – moins de crêpes quand on en mange – ou non – regarder un tableau ne lui fait pas de mal), une autre vers le « Capital » (pour le réinvestissement, comme le sac de blé qu’on garde pour les semis). En ce cas le « bon capitaliste » n’est pas celui qui tire le plus de « Ressources » à partir de son « Capital » : un « bon capitaliste » est celui qui fait le meilleur arbitrage au niveau de l’ « Utilisation du Capital ».

En tout cas encore merci pour cet article qui m’a éclairci les idées – je n’en attendais pas moins de toi !

VLR a dit…

Merci Xavier pour ce commentaire, j'essaye d'y repondre point par point.

Ce qui distingue fondamentalement nos deux approches, c'est que tu considere les choses dans leur nature quand je les considere dans leur fonction. C'est ce que j'ai voulu dire dans mon article a propos d'un sac de ble : il n'est ni capital, ni ressource, ni bien en lui-meme, tout depend de l'usage qu'on en fait. Le ble reutilise pour faire pousser la prochaine recolte est un capital, le ble utilise pour faire de la farine une ressource et le ble vendu a des gens qui veulent du ble est un bien. Bien entendu, la plupart des "choses" ont un emploi ou une fonction bien determinee, c'est le cas d'une machine-outil (capital) ou d'une heure de travail (ressource) et c'est pourquoi, dans de nombreux cas, on peut confondre la nature et la fonction.

Tu dis que pour moi, le capital utilise des ressources : non, au contraire, il en cree. Le capital existe en premier lieu, il genere des ressources qui sont employees pour produire des biens. Il y a donc trois acteurs dans mon economie : le capitaliste, celui qui detient des actifs ou bien qui detient sa propre force de travail, le travailleur est donc un capitaliste selon les termes que j'emploie. Ensuite il y a l'entrepreneur qui utilise les ressources que lui apportent les capitalistes pour produire des biens. Et puis il y a le consommateur qui acchete ces biens.

Ma "zoologie de l'economie" me conduit donc a distinguer trois marches : le marche des capitaux ou les gens s'echangent des droits de proprietes, ce marche ne compte pas dans le PIB selon moi car il n'y a pas de valeur ajoutee la dedans : "Tu me donnes ta maison et en echange je te donne plein de billets, qui sont des droits a detenir des capitaux". Deuxieme marche, celui des ressources, typiquement le marche du travail ou l'endettement des entreprises : "Moi entrepreneur, je propose de remunerer ceux qui me pretent leur capital, que ce soit en leur versant un salaire ou en leur versant un interet". Ensuite vient le marche des biens et des services qui relie les entreprises et les consommateurs.

Le probleme de l'immobilier que tu souleves est tres interessant. On le classe habituellement dans les capitaux, pourtant, sa principale caracteristiaue est d'apporter une utilite et non une productivite, on serait donc tente de le considerer plutot comme un bien. Pour bien comprendre les choses, je pense qu'il faut distinguer l'immobilier en toutes ses fonctions et en toutes ses composantes. L'immobilier est tout d'abord un capital, quelaue chose que sur lequel j'ai un droit de propriete, il produit une ressource, que j'appelle egalement immobilier c'est la vocation a etre utilise, prete, loue. Cette ressource subit une fonction de production tres simple qui est l'identite (c'est a dire que le bien est egal a la ressource), le bien est donc defini comme le fait d'etre loge pendant une periode donnee. L'immobilier est donc aussi un bien. La difficulte de l'immobilier vient en fait de la confusion qui existe entre ses differentes fonctions. Quand je vends au lieu de louer mon appartement, je me dessaisi du droit de jouir de mon capital (soit en le louant soit en l'habitant) au profit de quelau'un d'autres, on est donc bien sur le marche des capituax. Au risque d'insister, je vais faire preuve de schyzopphrenie en separant mes differentes casquettes. Imaginons que je sois proprietaire d'une maison et que je la loue : le moi-capitaliste decide d'utiliser la ressource "vocation a loger quelqu'un pendant une certaine duree" et va voir le moi-entrepreneur qui prend cette ressource en entree et fabrique un bien qui est "maison a louer". Ce bien attire un consommateur qui vient louer ma maison. Si j'habite ma maison, je dois pousser la schizophrenie encore plus loin en disant que je suis egalement le locataire.

On peut appliquer le meme raisonnement a une voiture, mais comme la duree de vie de ce produit est plus limitee, on le range plutot dans la categorie des biens de consommation. En realite, si on detaille, la voiture est un capital qui produit la ressource "permet de faire des deplacements" et qui peut eventuellement etre louee et devenir ainsi un bien de consommation. Si j'utilise moi-meme ma voiture, c'est juste que le proprietaire et le locataire sont la meme personne.

Je termine a propos du petrole. Pour moi il ne s'agit pas reellement d'un capital mais plutot d'une ressource. Le capital selon moi c'est la mine ou plutot le champ de petrole. Ce capital s'use a mesure qu'on s'en sert (la depreciation dans ce cas est agale a la consommation de petrole).

J'espere que j'ai reussi a clarifier ma position, en tous cas cela m'a permis de clarifier mes propres idees, ce en quoi je te remercie. Pour conclure, je pense que pour bien decomposer chaque fonction de l'economie, il faut imaginer que tous les biens dont on jouit pourraient etre loues, dans lequel cas on les compterait dans le PIB, et que de temps en temps, le locataire se trouve etre le proprietaire, donc ces transactions "ne se voient pas". On retombe bien sur la difference entre le capital qui est un stock (perissable cependant) et le bien qui, comme la ressource est un flux c'est-a-dire qu'il est detruit dans le processus de production-consommation.

Nicolas a dit…

Bravo pour cette excellent article!

Je partage le point de vue selon lequel l'économie considère les choses dans leur fonction. Cela met semble particulièrement éclairant.

J'ai juste une question: pourquoi tu parles d'"économie de marché" comme cadre général. Sans parler du fait que cette appellation peut sembler choquante dans le cas du communisme pour des non-spécialistes (dont je fais partie), il me semble que ton analyse s'applique bien à l'économie en général (tu ne parles d'ailleurs pas vraiment de marché, j'ai l'impression ou juste à la marge).

VLR a dit…

Salut Nicolas,

Je tiens a lever un malentendu ou une ambiguite : je ne dis pas du tout que l'economie de marche soit un cadre general, je dis que le communisme comme l'esclavagisme comme l'economie de marche relevent tous d'une meme structure que j'appelle economie.

Bien entendu, j'estime ensuite a titre personnel que l'economie de marche et le capitalisme constitue le meilleur systeme existant. Mais le marche n'est qu'une des deux jambes de l'economie. On dit aujourd'hui que le marche doit etre regule, je ne sais pas exactement ce que cela signifie, on a l'impression qu'il s'agit juste d'une correction technique a apporter. Je dis, quant a moi que le marche doit etre "politise".

xavier a dit…

Merci de m’avoir répondu. Permets-moi donc te répondre à mon tour.

Je me serai certainement mal fait comprendre : je ne considère pas les choses plus dans leurs natures que dans leur fonctions, je sépare nature et fonction. Laisse-moi me répéter, à peu de mots si possibles.

Je trouve que la grande force de ta théorie c’est ta notion du Capital, que tu n’as pas opposé à celle de Travail comme on peut le faire habituellement (cette idée est « pas loin d’être géniale » selon l’un de mes amis). Je pense qu’on peut encore élargir cette idée. Qu’est-ce qu’est le Capital ? Ma réponse – celle que j’ai voulu donner – c’est que le Capital, c’est la Nature des objets.

La Fonction des objets, c’est ce qui donne du sens à ce Capital.

L’Utilité, c’est le plaisir qu’on prend selon la Fonction qu’on donne au Capital.

On retrouve le même tryptique Capitaliste-Entrepreneur-Consommateur que dans ta théorie. Le Capitaliste, c’est celui qui possède l’objet « dans sa Nature » (ce n’est pas très Français, je te prie de m’excuser – je me rends même compte qu’on pourrait croire à un débat théologique ;). L’Entrepreneur, c’est celui qui donne la Fonction au Capital : cette Fonction peut se faire soit en direction du Capital (épargne, investissement), soit en direction du Consommateur. Le Consommateur, c’est celui qui évalue certaines Fonctions données au Capital au moyen de l’Utilité. Le triplet Capitaliste-Entrepreneur-Consommateur est le miroir du triplet Capital-Fonction-Utilité.

Pour prendre un exemple, imaginons que je possède un clou. Je ne suis pas très bricoleur vois-tu, et j’ai un ami – peu dégourdi lui non plus – qui casse tout ce qu’il touche. Heureusement un ami un peu plus habile de ses doigts vient à notre rescousse et va réparer une chaise avec ce clou. Moi, je suis le Capitaliste : je possède l’objet « clou » dans sa Nature (Capital). Mon ami bricolo est l’Entrepreneur : il donne une Fonction à l’objet « clou » (comme tu dis, souvent « fonction » et « nature » se confonde, mais pas dans cet exemple : il aurait pu décider de faire de ce clou un magnifique porte-manteau). Mon ami peu dégourdi est le Consommateur : c’est lui qui tire une Utilité à partir de la Fonction « réparer la chaise de bonne-maman » (il peut trouver ça bien, ou mauvais, si sa belle-mère est acariâtre et lui rappelle de mauvais souvenirs par exemple). On aura compris que la personne utile des trois est l’Entrepreneur : un bon Entrepreneur, c’est celui qui utilise au mieux le Capital. On peut très bien appliquer ce raisonnement à l’immobilier en décomposant toutes les fonctions de l’économie comme tu le suggères: la maison est le Capital, le propriétaire le Capitaliste, le fait de « se loger » est la Fonction, l’agence de location est l’Entrepreneur, le locataire est le Consommateur qui tire une Utilité de « se loger ».

Le marché a lieu non sur les Fonctions ou sur l’Utilité, mais juste sur les Capitaux : ceux-ci sont à la fois les Biens, Capitaux et Ressources de ton modèle. Certes on comprends bien la différence conceptuelle qu’il peut y avoir entre les Capitaux, les Biens et les Ressources que tu présentes : il me semble qu’il s’agit du même genre de différences que tu as décidé de gommer entre « Capital-travail », « Capital-machine », « Capital-connaissances », etc. Qu’il y ait des sous-catégories dans le Capital ne me pose pas de problèmes. Une catégorie « Capital destiné à être consommé pour le plaisir des hommes » me paraît correspondre à « Biens » ; une autre « Capital issu de l’utilisation d’autres Capitaux en vue de leur utilisation pour produire » ressemble à « Ressources » non ?

J’aime beaucoup l’idée que tu évoques dans ton article, selon laquelle la relation entre Homme (pourquoi Homme et pas Société d’ailleurs ?) et Capital est la question essentielle derrière tout système politique et économique. Je pense que c’est vraiment un élément très fort de ta théorie.

Bon courage dans ta quête pour la développer !

VLR a dit…

@Xavier et Nicolas,

Essayons d'aller plus loin dans le débat autour de la distinction entre Capital et Bien. Vous dîtes, en quelque sorte, que tout objet matériel est un Capital et que seuls les services génèrent de l'utilité. Dans cet esprit, une pomme est un capital qui peut fournir le service "être mangée" et donc procurer de l'utilité au consommateur.

Ce raisonnement théoriquement valide, pour ne pas dire séduisant, ne me convainc pas totalement. Je periste à dire que tout bien n'est pas un capital et qu'il faut juger les choses selon leur fonction et pas selon leur nature. Une pomme n'est pas un Capital parce qu'elle n'a nullement vocation à être réutilisée dans le processus productif mais qu'elle est entièrement consommé par ce processus. Je propose donc la ligne de démarcation suivante : tout ce qui disparaît au terme du processus production/consommation est un Bien ou un Service, tout ce qui demeure et peut-être réutilisé pour un nouveau processus est un Capital.

Ainsi, on retrouve bien la distinction Stock/Flux. A chaque bien et à chaque service, il faut associer une certaine durée, la période pendant laquelle on peut "jouir" du bien ou du service. Pour la pomme c'est très court, pour le vêtement c'est plus long, pour la voiture c'est encore plus long. Plus ce temps est long, plus le Bien peut-être considéré comme un Capital, à condition qu'il soit susceptible d'être à nouveau utilisé, prêté ou vendu. Je suis donc bien d'accord que la ligne de partage entre un capital qui se déprécie très vite et un bien qui se consomme très lentement est très difficile (pour ne pas dire impossible) à tracer. Cette difficulté théorique trouve sa réponse dans l'observation pratique de ce qui se passe (après tout l'économie n'est pas une science dure et abstraite mais une science sociale) : il se trouve qu'il y a un marché de l'immobilier et qu'il n'y a pas de marché des chemises usagées, donc une maison c'est un capital et un chemise c'est un bien.

Au-delà des cas litigieux et limites (qui sont très intéressant pour tester la validité d'une théorie), il me semble nécessaire de présenter un "cas d'école" du modèle que je propose. Prenons l'exemple de la fabrication de chemise. Un premier Capitaliste est le travailleur qui apporte sa ressource "Travail" pendant la durée de son contrat. Un second Capitaliste possède un métier à tisser et décide de le prêter (la ressource dans ce cas, c'est ce prêt). Un troisième fournit les différentes matières premières à partir de ses champs de coton. Nous avons donc identifiés les capitalistes, les capitaux (travailleur, machine, champs) et les ressources (travail, prêt de la machine, coton). Ces resssources sont fournies à un entrepreneur qui les combine pour fabriquer une chemise. Ce bien est vendu à un consommateur qui en retire une utilité pendant toute la durée où il utilisera cette chemise. Cet exemple "canonique", où les notions capital-ressources-biens ne se recouvrent pas illustre selon moi la pertinence du modèle que je propose.

Nicolas a dit…

Il y a un important marché des chemises usagées.
Sans parler des "freeps", ils existent des magasins spécialisés dans toutes les grandes villes africaines (je suspecte que ce soient en grande partie des dons détournés).
Ces vêtements sont très appréciés. On parle souvent de "vêtements de l'homme blanc mort".

Nicolas a dit…

Je suis d'accord avec le problème de la ligne de partage.
En fait, comme dit, la fonction d'un même objet dépend du processus de production que l'on considère.
Pour un marteau, c'est un capital si on considère le processus "planter un clou" mais une ressource si on considère "planter 100.000 clous". Pour une pomme, c'est une ressource si on considère manger et un capital si l'on considère "lancer sur quelqu'un".
La question de la ligne de partage, ou de donner à un objet une fonction principale, consiste donc à pouvoir associer à chaque objet un processus de production unitaire principal. C'est en ce sens que l'économie est une science sociale.
Je pense que cela ne pose pas de problème pour le marteau ou la pomme, mais peut-être cela est-il plus compliqué pour d'autres objets (je n'ai pas d'exemples en tête).
En outre, on fait alors une distinction entre le facteur "travail" (pour lequel on n'a pas besoin de définir un processus de production/consommation principal) et les autres facteurs de production.

VLR a dit…

Je pense avoir enfin trouvé une bonne définition pour la distinction entre capital et bien. La voici : j'appelle Capital un objet qui peut générer des revenus si j'en garde la propriété. J'appelle bien un objet dont je peux jouir ou que je peux vendre pour qu'un autre en jouisse. Avec cette définition, un appartement est bien un Capital car je peux le louer en restant propriétaire tandis qu'un vêtement est un bien car je ne peux que le porter ou le vendre sur un marché d'occasion.

Qu'en pensez-vous ? Cela me semble pas mal.