19 mars 2007

Carnet de campagne (1) : Nicolas Sarkozy


La liste des candidats étant connue, il est temps de dresser un bilan de la première partie de la campagne électorale, d'analyser les forces en présence et surtout d'examiner les différentes options politiques qui sont proposées. Commençons avec Nicolas Sarkozy, actuellement en tête dans les sondages.

Le candidat de l'UMP semble osciller entre la rupture avec le système en place et la continuité sur certains points de la politique chiraquienne. Ainsi, il propose une véritable révolution des universités ce qui est le point le plus fort de son programme puisqu'il s'agit de l'enjeu essentiel des années à venir. Il souhaite le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux ce qui est la seule proposition crédible pour réduire à terme l'endettement de la France et veut exonérer de charges sociales pour l'entreprise et le salarié les heures supplémentaires. Cette dernière mesure est certainement favorable à la croissance et au pouvoir d'achat, son effet sur l'emploi est plus incertain. Comme l'écrivait l'économiste Patrick Artus, en agissant de la sorte, Nicolas Sarkozy favorise les "insiders" c'est-à-dire ceux qui ont déjà un emploi. Bien entendu l'activité appelle l'activité qui appelle l'emploi mais il ne faut pas surestimer ces effets "multiplicateurs" : si on donne 1 euro de plus à un salarié, il ne va pas se mettre à en consommer 5 de plus.

Sur les retraites, le candidat de l'UMP propose de maintenir la réforme Fillon en alignant les régimes spéciaux sur les autres. Cette réforme est sans doute nécessaire mais elle ne suffira pas à assurer le financement durable du régime de retraite. Il faudra augmenter l'âge de départ à la retraite, une discussion est d'ailleurs prévue à ce sujet en 2008, Nicolas Sarkozy, qui prétend "tout dire avant pour tout faire après" ferait bien d'annoncer clairement la couleur sur ce sujet.

Sur le contrat de travail, il propose un contrat unique, de durée indéterminée, avec des droits qui augmenteraient avec l'ancienneté. Cette idée peut sembler attirante puisqu'elle réduit l'écart colossal qui existe entre les gens qui ont un CDI et ceux qui ont des contrats précaires, mais elle peut sembler paradoxale à un moment où les salariés sont invités à changer plusieurs fois d'entreprise tout au long de leur carrière : devront-ils à chaque fois revenir à zéro ? De plus, proposer un contrat unique, c'est ignorer les diversités des secteurs de l'économie et donc imposer l'uniformité à la complexité des situations.

En ce qui concerne la politique monétaire, il a raison d'affirmer que le péril inflationniste est très faible grâce à la mondialisation (qui entraîne une forte concurrence sur les prix) et que la BCE devrait intégrer des objectifs de croissance et d'emploi. En revanche, il confond vraisemblablement les notions de taux de change et de taux d'intérêt : l'euro fort ne fait pas partie des objectifs de la BCE et comme nous sommes en changes flottants, ce n'est pas elle qui fixe la parité avec les autres monnaies, c'est le marché. Baisser les taux n'aura donc qu'un impact très limité sur le cours de l'euro. On aimerait enfin que le candidat de l'UMP se décide sur la TVA sociale, piste qu'il juge "intéressante", les résultats économiques de l'Allemagne devraient l'amener, ainsi que les autres candidats, à privilégier cette solution.

Voilà en ce qui concernait la rupture. Pour ce qui est des questions de défense et de diplomatie, le candidat UMP a donc finalement décidé de s'aligner sur la politique du Président sortant. Le changement est significatif depuis le ralliement de Michèle Alliot-Marie à sa candidature. En matière européenne, Nicolas Sarkozy a finalement choisi la continuité avec le traité constitutionnel en gardant la partie consacrée aux institutions européennes. Il propose de passer par voie parlementaire en utilisant cet argument fort "le premier référendum a paralysé l'Europe, un deuxième la tuera" : faut-il pour autant tenir les citoyens à l'écart de la construction européenne, la question reste posée.

En ce qui concerne la stratégie, Nicolas Sarkozy, qui était parti en trombe après son congrès d'investiture puis qui a connu un trou d'air ces dernières semaines, a choisi de reprendre la main sur la question de l'immigration et de l'identité nationale. Son objectif est clair : plus que d'aller chercher des voix au FN, il s'agit de faire hurler la gauche pour recréer du clivage sachant que sur cette question il a l'opinion publique avec lui. Et il a été écouté au-delà de ses espérances, ce qui explique son rebond actuel. En fait ce sujet de l'immigration est un épouvantail agité par la droite et par la gauche alors que sur le fond, elles ne mènent pas une politique radicalement différente, appliquant toutes les deux la doctrine énoncée par Michel Rocard "La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde". Ce sujet permet donc à la gauche de montrer ses bons sentiments et à la droite de montrer ses muscles.

Aujourd'hui l'objectif de Nicolas Sarkozy est clair : il veut affronter Ségolène Royal au second tour. Avec la régle sur l'égalité des temps de parole, il va maintenant chercher à faire des propositions iconoclastes pour faire parler de lui dans les médias. La campagne nous réserve encore bien des surprises du côté de l'UMP. Reste à négocier le délicat ralliement de Jean-Louis Borloo qui semble bien décidé à être le prochain Premier Ministre et à voir comment le Président de la République va soutenir son ancien pire ennemi. Grâce à son intervention réussie la semaine dernière, ce soutien a désormais beaucoup de poids.

A l'heure actuelle, Nicolas Sarkozy est le mieux placé pour gagner mais cela pourrait se retourner si les Français, au dernier moment, refusaient la rupture, dont ils savent qu'elle est inévitable, pour choisir de prolonger leur rêve 5 ans de plus...

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Le paragraphe sur l'immigration est très efficace... et cette synthèse des différents points de la campagne s'avère très utile à mon esprit égaré par les manipulations médiatiques!

En ce qui concerne des remarques plus détaillées, je m'abstiendrai d'en faire après une seule et simple lecture tardive (pas tant que cela en fait si on considère le décalage..)et je m'interdirai tout commentaire superficiel sur une réflexion si bien construite :-)

Anonyme a dit…

« si les Français, au dernier moment, refusaient la rupture, dont ils savent qu'elle est inévitable, pour choisir de prolonger leur rêve 5 ans de plus... »

Il y a dans cette dernière phrase, au moins deux affirmations qui demandent à être développées…
L’idée de rupture est-elle vraiment dans le camp de Nicolas Sarkozy ? Le thème du renouveau est disputé entre les trois candidats majeurs et il me semble difficile d’arbitrer de cette façon aussi tranchée. Au-delà des mots, des promesses de VIème république, d’Union Nationale ou de rupture tranquille, lequel d’entre eux a le plus montré sa capacité de rupture ? Ségolène Royal s’est démarquée de son parti, François Bayrou s’est émancipé de la droite, ils ne sont certes pas neufs dans le paysage politique mais n’ont pas moins de crédibilité que Nicolas Sarkozy pour chanter avoir fait peau neuve. On pourrait objecter que l’ancien Ministre de l’Intérieur ne s’est pas privé d’exposer ses différends avec le gouvernement Chirac, si celui-ci n’était pas maintenant intégralement mobilisé derrière le candidat. La rupture consiste essentiellement en la prise de risques, et de ce point de vue mon avis n’est pas aussi arrêté que le tien.

Quel est le « désir de rupture » des Français ? Est-ce une rupture dans le mode de gouvernance, une rupture dans les idées, ou une rupture dans les forces en place pour voir si l’herbe ne serait pas plus verte de l’autre côté ? Aucun de ces thèmes ne plaide en faveur de Nicolas Sarkozy, qui domine néanmoins les sondages. L’idée que le peuple nourrit en secret un rêve qui ne vient pas est certes porteuse dans les stratégies de campagne, mais elle instille artificiellement ce désir de rupture et participe à décrédibiliser la politique. Je crois qu’en ne prônant pas la rupture à tout-va, Nicolas Sarkozy a choisi le bon cheval de bataille. Il y a un certain courage à se réclamer de la continuité.

VLR a dit…

C'est à dessein que j'ai employé le mot "rupture" que j'ai, en son temps, largement critiqué. Comme toi je pense que la politique a besoin de continuité et de durée. On ne peut pas tout changer d'un coup. Là où Sarkozy tranche avec les autres candidats, c'est qu'il propose de mettre sur l'ouvrage des réformes essentielles qui ont été trop longtemps reportées. La "rupture politicienne" avec sa famille politique d'origine n'a aucune espèce d'importance, ce qui compte ce n'est pas le positionnement tactique, c'est le projet pour les années à venir. Sur les trois sujets essentiels : dette, enseignement supérieur et Europe, c'est Sarkozy qui me paraît proposer les idées les plus audacieuses et en même temps les plus réalistes. Bien entendu ce ne sont pas ces thèmes-là qui dominent la campagne ou que le candidat UMP met en avant, mais ce sont ceux qui ont forgé mon opinion.

Je pense que la France a besoin d'avoir des universités autonomes, mieux gouvernées et réformées, qu'il faut relancer l'Europe sans prendre le risque d'un nouveau référendum et qu'il faut diminuer les dépenses courantes de l'Etat donc le nombre de fonctionnaire. Alors oui, je voterai pour Nicolas Sarkozy.

Anonyme a dit…

Sans doute ai-je besoin de lunettes, mais je ne vois pas ce que les propositions européennes de Sarkozy ont d'audacieux. Réaliste oui, audacieux, absolument pas.
Pouvez vous préciser votre pensée?

D'autre part, ce n'est pas d'une révolution sarkozienne que les universités ont besoin mais plutot d'un rééquilibrage des financement et des structures selon les filières et les niveaux. Je dis réforme parce qu'elle doit être pragmatique et discutée avec le monde de l'université, ce que l'UMP n'a absolument pas fait pour l'instant. Il n'y a pas de formule miracle. Cette révolution, c'est soit du vent, soit une catastrophe.

Anonyme a dit…

Je voterai pour Bayrou car je pense que Sarkozy est un homme dangereux (voir ses dernières déclarations à Michel Onfray).

Je n'accorde que peu de crédit aux promesses, qui s'accumulent un peu trop vite à mon goût, chez le candidat de l'UMP.

Sa stratégie de communication est trop facilement lisible: les exemples simplifiés qu'il prend systématiquement pour masquer la complexité des situations laissent croire qu'il a réponse à tout. C'est peut-être utile pour berner une partie des électeurs mais c'est extrêmement malhonnête sur le plan intellectuel.

VLR, qui est quelqu'un de brillant et de fin, devrait encore changer d'avis :-) Il est encore temps de rallier la voie de la sagesse et de la témpérance !