11 mars 2007

Au revoir, Jacques Chirac


Ce soir, le Président de la République Jacques Chirac a décidé de ne pas se représenter à l'élection présidentielle. A vrai dire le suspense était mince, on aurait donc pu croire qu'il s'agirait d'une intervention publique sans importance et sans portée. Tel n'a pas été le cas, Jacques Chirac a livré un discours d'une hauteur et d'une émotion qui ont du toucher jusqu'à ses propres adversaires politiques.

On imagine sans peine l'importance que revêtait ce dernier discours important pour le Président de la République, comment exprimer en dix minutes le sens de toute une vie ? L'"homme en charge de l'essentiel", selon l'expression du Général de Gaulle, s'est donc attardé sur l'essentiel en parlant d'abord de son bilan avant de donner le cap à suivre pour les années à venir. Il a tout d'abord reconnu qu'il aurait souhaité aller plus loin, ce qui constitue un doux euphémisme. Cela ne l'a pas empêché d'afficher sa fierté du travail accompli. Bien qu'on ne puisse pas le suivre tout à fait dans cette satisfaction, il faut bien reconnaître que sur de grands sujets comme la laïcité, la politique étrangère et surtout la cohésion nationale, le Président n'a pas failli au cours de ses douze années à l'Elysée.

Le plus intéressant dans son discours était les différents messages qu'il a souhaité apporter aux Français. Lutter contre l'extrémisme, Croire en la France, Approfondir la construction européenne, Préserver le modèle social Français, Refuser le choc des civilisations et Agir pour l'environnement, tels sont les caps à suivre dans les années à venir. Bizaremment, on est loin des thèmes qui font la une de la campagne, ce sont pourtant bien les points essentiels sur lesquels le futur Président devra imprimer sa marque. Espérons que Jacques Chirac, par son intervention, ait réussi à réorienter la campagne présidentielle, souhaitons que médias et candidats entendent son message et que les Français se l'approprient.

Jacques Chirac a été très émouvant quand il a exprimé son amour de la France et des Français, il ne s'agissait pas là de démagogie, on sentait qu'il était profondément sincère. Après tout, il est devenu un homme libre en annonçant sa non-candidature, il peut laisser libre cours à ses sentiments et à ses convictions profondes. On raille souvent l'engagement politique, on n'y voit qu'une façon de servir ses intérêts personnels, je pense que cela n'est pas vrai chez tous les grands hommes politiques. Pour choisir de consacrer sa vie à servir son pays, il faut aimer le pouvoir, certes, mais il faut aussi et surtout aimer son pays, croire qu'on peut améliorer sa situation et parvenir à s'oublier soi-même pour ne faire qu'un avec les intérêts supérieurs de la nation.

Dominique de Villepin a coutume de dire que les Français ne se sont jamais trompé lors des élections présidentielles, Jacques Chirac nous a montré ce soir qu'il a été à la hauteur de la tâche, même si son bilan économique et social est un peu maigre, espérons qu'en 2007, les Français ne se trompent pas davantage et qu'en élisant le futur Président ils transcendent leurs intérêts catégoriels pour renforcer la cohésion nationale de ce beau pays qu'est la France.

2 commentaires:

DLC a dit…

Il y avait quelque chose d'indécent dans l'allocution de Chirac. Avec un bilan si médiocre, le président aurait gagné en dignité en ne mettant pas en avant ses "conseils aux français".

Curieusement se sont les valeurs de droite (amour et croyance en la France, cohésion nationale, rayonnement de la nation dans le monde, etc.) que tu mets en avant, alors que Chirac s'est fait élire en partie sur le thème de la fracture sociale et avec l'aide de la gauche en 2002. Tu note que : "son bilan économique et social est un peu maigre..." alors que c'est là qu'est le grave échec de Chirac.

Partir en mettant en avant les sentiments d'amour qu'il a pour les français est indécent et souligne un paternalisme malvenu. Prendre les français par les sentiments et le sens du pathétique "j'ai passé ma vie au service de la France, bla bla bla" est grotesque. Prenons un peu de recul sur les discours et les mises en scène. La politique doit être chose. Où sont les actes ?

VLR a dit…

La cohésion nationale n'est en rien une valeur de droite, c'est même l'essentiel en politique. Elle ne va pas de soi et force est de reconnaître que Jacques Chirac ne l'a pas altéré au cours de son mandat, au contraire. Qu'en aurait-il été s'il avait engagé un contingent Français en Irak ? Si la France s'était déchirée sur l'affaire du voile ou si les émeutes urbaines avaient dégénérées ? Où en serait la France si Jacques Chirac avait, comme la plupart des chefs de partis politiques européens de droite, pactiser avec l'extrême droite ?
Durant son mandat il était légitime de discuter voire de constester certaines des mesures qu'il a pris, aujourd'hui il nous faut tous prendre un peu de recul.

L'amour de Jacques Chirac envers la France et les Français ne fait pour moi aucun doute, il y avait une sincérité très touchante qui peut difficilement être feinte dans son discours. Il aime la France et en même temps il pense que c'est un pays très fragile, c'est pourquoi il a tant reculé tout au long de sa carrière politique. Il pense que le peuple français peut s'embraser à tout moment. Il ne faut pas oublier qu'il a connu la seconde guerre mondiale et la guerre d'Algérie, cela doit jouer dans sa vision de la France. Comme Pompidou, son maître, il croit que les Français sont enclin à tomber dans l'extrémisme.

Je pense qu'il surestime les fragilités de la France et que son autocensure a parfois coûté cher à notre pays et n'a pas permis qu'il se réforme suffisamment, mais je lui reconnaît l'essentiel : il a su être un digne Président de la France et de tous les Français.