14 octobre 2006

Eloge du pragmatisme


"Au possible nous sommes tenus", cette phrase est le titre d'un rapport de Martin Hirsch - président d'Emmaüs et membre du Conseil d'Etat - sur la pauvreté, elle est pour moi d'une vérité et d'une force considérable. C'est la réponse universelle à adresser aux révolutionnaires utopiques et aux conservateurs frileux, en effet, aux premiers elle dit que la politique ne peut faire abstraction du réel, ce qui compte n'est pas tant ce qui est souhaitable que ce qui est possible. Aux seconds, elle dit qu'il faut se retrousser les manches et tout faire pour améliorer la situation actuelle. Bref, "Au possible nous sommes tenus" devrait être le slogan de tous les réformateurs.

Au-delà, cette formule nous invite à nous débarrasser de l'idéologie et à promouvoir le pragmatisme. Ce mot a souvent mauvaise presse en France car il est associé au court-termisme et à l'absence de vision politique, bien au contraire, il faut y voir le refus de faire rentrer la diversité et la complexité du monde réel dans un schéma explicatif soi-disant universel. Le pragmatisme doit être vu comme un hymne à la créativité : les bons hommes politiques seront ceux qui sauront être suffisamment inventifs pour traiter des problèmes toujours plus délicats et originaux.

L'ancien monde était suffisamment lent pour faire la place aux idéologies qui n'étaient jamais que des vérités provisoires avec un temps de vie relativement long. Aujourd'hui tout va plus vite, les mesures politiques prises par l'ensemble des gouvernements de la planète sont partout examinées, copiées ou adaptées. Ce qui était vrai hier peut devenir une ineptie demain, il faut donc réagir, se réorienter, corriger le tir en ayant toujours un oeil sur la société, un peu à la manière d'un scientifique qui scrute ses expériences pour valider ses modèles théoriques.

Pour sortir des généralités et appliquer à moi-même le principe de réalité, je citerai une mesure concrète prônée par le même Martin Hirsch : l'internalisation par les entreprises des dégâts sociaux. L'idée est d'aligner les objectifs de la société et des entreprises par une fiscalité incitative. Ainsi, on pourrait taxer les industries agro-alimentaires en fonction du taux d'obésité chez les enfants ou encore les sociétés qui fournissent des crédits (Cofidis, Sofinco,...) en fonction du taux de surendettement de leurs clients...

J'irai même plus loin en proposant de substituer une partie des charges qui pèsent sur le travail par un impôt spécifique à chaque entreprise en fonction de son secteur d'activité. En plus des risques sociaux, on pourrait intégrer les risques environnementaux en appliquant le principe pollueur/payeur. Bref, des solutions originales existent, elles doivent être expérimentées d'abord à petite échelle puis étendues en cas de succès. Réactivité, inventivité et expérimentation, voilà ce qui devrait faire le succès du pragmatisme.

5 commentaires:

DLC a dit…

Je ne suis pas sûr que pragmatisme rime avec créativité, il me semble même que le réalisme soit un frein. Je pense que l'idéologie a encore sa place, si elle est capable de fédérer les gens vers des idées. Mais peut être suis-je un utopiste révolutionnaire ? Les solutions proposées me semblent cependant intéressantes. Un blog intéressant et bien documenté (à défaut d'être tout à fait objectif ?).

VLR a dit…

Dic,

Beaucoup des gens avec qui je discute de ce sujet me font le même reproche que vous. Et pourtant, à aucun moment je ne me sens prisonnier d'une idéologie. Je crois beaucoup en l'esprit critique qui permet de remettre en cause tous les dogmes et par conséquent toutes les idéologies. Pour concilier mon point de vue avec la nécessité d'avoir une opposition saine entre les différents partis politiques je préfère employer le terme de principes (ou de valeurs) à celui d'idéologie. La droite et la gauche n'ont pas la même vision de la société ce qui se traduit par des mesures concrètes différentes, pas besoin d'avoir un corps de doctrine complet pour cela.
J'espère avoir été suffisamment clair (de dont je doute profondément).

Anonyme a dit…

Je suis pour une bonne dose de pragmatisme.
Et je trouve ces idées très intéressantes.

yannos a dit…

Bonjour. Voilà, en philosophie, notamment politique, ont apprécie guère le flou sémantique. Idéologie a deux significations majeures : Marx : Ensemble systématique de représentation qui fausse la conscience du réel dans son ensemble ; à son époque, il s'agissait de dénoncer l'idéologie bourgeoise (voir l'idéologie allemande) ; pour Dumont, Une idéologie est un ensemble d'idées, de représentations, coordonnés entre-elles. Conclusion : s'il y a démocratie, il y a autant d'idéologies que de système de réprésentations. Dénoncer l'idéologie en soi, c'est aussi fin que de vouloir dénoncer le fait de penser. Merci. Bien à vous.

Anonyme a dit…

besoin de verifier:)