29 septembre 2006

Le capitalisme est en danger


Le capitalisme est aujourd'hui le seul système économique sur la planète qui "fonctionne". Sa victoire sur le communisme a été totale au point que l'on peut se demander s'il n'est pas à son apogée. Et pourtant, de nombreux nuages s'amoncellent au-dessus de sa tête et sa durabilité peut être sérieusement mise en cause. Je vais essayer de décrire ces risques et ces dérives et j'essayerai d'esquisser des pistes de réflexions lors de prochains posts. Je note à ce propos que la plupart des candidats à la présidentielle ignorent copieusement ces sujets, préférant des thèmes moins économiques et plus vendeurs comme l'immigration ou la sécurité.

Le temps du compromis keynésien semble définitivement révolu, quelque chose s'est passé (ou cassé) dans les années 70 après les Trentes Glorieuses. On peut regretter, à juste titre, cette période où chacun dans l'entreprise - et principalement l'industrie - avait quelque chose à gagner : de la productivité contre des salaires, une perspective de monter les échelons au sein d'une même entreprise... Il faut toutefois regarder le monde tel qu'il est aujourd'hui : les actionnaires, qui étaient les grands absents du compromis keynésien, sont désormais aux premières loges. Leur regroupement en fonds de pension leur a permis de faire pression sur les entreprises pour comprimer la masse salariale, notamment en externalisant beaucoup d'activités. D'autres évolutions, très bien résumées dans le dernier livre de Daniel Cohen "3 leçons sur la société post-industrielles", ont progressivement conduit à un déséquilibre dans notre société, avec des gagnants et des perdants, à savoir les actionnaires et les consommateurs d'un côté et les salariés et les citoyens de l'autre. Il est intéressant de noter la profonde schizophrénie que cette situation créé chez chacun d'entre nous puisque nous sommes tour à tour salarié, citoyen, consommateur et parfois actionnaire.

Cette situation n'est selon moi pas durable, les citoyens ne tolèreront plus très longtemps que dans une démocratie, le vrai pouvoir ne soit plus dans leurs mains et les salariés n'accepteront plus de ne plus être rémunérés des fruits de leur travail. Certaines pistes sont évoquées pour aligner les intérêts de ces différentes catégories : développer la participation pour que les salariés profitent de la croissance de leur entreprise, augmenter le droit de vote au conseil d'administration pour les actionnaires qui restent longtemps au capital pour favoriser le développement à long terme des entreprises ou encore jouer sur les droits de douanes à l'échelle européenne. Ces pistes ne sont certainement pas suffisantes et elles méritent d'être creusées davantage.

Par ailleurs, une question hautement stratégique devrait agiter toute l'Europe : quelle attitude adopter face aux OPA qui semblent se multiplier contre les groupes européens ? Qu'adviendra t-il lorsque les immenses réserves d'épargne en Asie et en Russie se transformeront en investissements dans nos grandes entreprises ? Arcelor pourrait bien n'être que le prélude d'un mouvement plus vaste et très dangereux pour nos économies. C'est toute la question du patriotisme économique, qu'il convient certainement de considérer à l'échelle européenne, dont il est question ici.

Enfin je signalerai une dernière menace qui pèse inexorablement sur le capitalisme : l'épuisement des ressources, en particulier des matières premières. Nous avons vécu jusqu'à maintenant dans un monde où l'énergie était bon marché, il faudra désormais apprendre à se passer du pétrole, puis du gaz, puis de l'uranium... La question se pose également à propos de l'acier, du bois, de l'eau et elle se posera de manière de plus en plus forte à mesure que les pays émergents augmenteront leur demande en matières premières.

C'est de toutes ces questions dont il faut discuter maintenant. Le débat présidentiel devrait être le lieu où se tranche ces grands problèmes stratégiques, il semble que tel ne sera pas le cas, les principaux acteurs ayant préféré les conseils des communicants à ceux des économistes.

9 commentaires:

Pablo a dit…

Très bon article, j'ai beaucoup entendu parler du livre de Patrick Artus. C'est quand même inquiétant de voir des économistes assez sérieux sonner le signal d'alarme.
As tu lu "Urgence sociale" de Pierre Larrouturou ?

VLR a dit…

Merci beaucoup Pablo,

Je te conseille effectivement le livre de PAtrick Artus, de même que celui de Jean Peyrelevade sur le même sujet. Je n'ai pas lu le livre de Larrouturou mais je vais me renseigner.

Enfin, un livre récent m'a permis de comprendre de manière très claire les évolutions du monde actuel, c'est "3 leçons sur la société post-industrielle" de l'économiste Daniel Cohen. C'est vraiment LE livre que je conseille.

Cordialement.

pablo a dit…

Merci pour les 3 livres, je vais tenter de me les procurer ou de les emprunter.

Je précise qu'Urgence sociale n'est pas vraiment de la même trempe que les livres que tu me conseille. Il est plus engagé politiquement (enfin j'ai pas lu tes livres mais je suppose) mais reprend un de ces 3 livres.

Anonyme a dit…

Article très interressant c'est vrai. Pourquoi les idées intelligentes foisonnent par milliers sur les blogs mais qu'aucune ne se retrouve sur le terrain. A quand un tsunami politique?

VLR a dit…

Merci pour ce commentaire.

Je pense effectivement que les idées foisonnent sur le Web, il faut toutefois prendre des précautions et ne pas s'exprimer sur ce qu'on ne connaît pas. Cela renvoie à mon post sur la démagogie : il subsiste des experts qui ont vocation à s'exprimer dans leur champ de compétence. Quand j'écris un post, il est mûrement réfléchi après des lectures, des entretiens avec certaines personnalités... Je revendique cette humilité car le risque est grand de voir le net devenir un nouveau précepteur d'opinions diverses que rien ni personne ne pourra contrôler. Il faut donc être vigilant : Internet doit enrichir le débat démocratique mais surtout pas le contourner.

En ce qui concerne le lien avec la "vraie politique" je crois qu'il faut le renforcer. Je n'écris pas par orgueil d'auteur mais pour être lu, entendu et si possible influencer certaines personnes. Les blogueurs doivent prendre gare à ne pas se placer à côté de la société mais bien en son sein. Un écueil quand on écrit est de passer pour un donneur de leçon en se plaçant au-dessus des partis, j'essaye d'éviter cette situation au maximum et c'est pourquoi je refuse le discrédit qui frappe la classe politique.

Enfin, je vous invite à populariser ce blog au maximum pour augmenter sa capacité d'influence.

Cordialement.

LuboMoravcik a dit…

Bonjour Politic man,

Le problème de l’économie, c’est qu’elle ne fait pas partie du cursus de base de l’enseignement.. Personnellement, je trouverai utile qu’au lycée cette matière soit abordée afin que les Français possèdent les connaissances de bases pour juger.
J’ai lu dans un livre de Michel Rocard que le fait que le dollars n’ait plus été lié à l’or a été un point déterminant : Mais je n’ai pas compris pourquoi ?
Par contre, il est clair que la pression de l’actionnariat sur les entreprises et leur vue à court terme pèse énormément sur les chiffres du chômage et sur le phénomène des délocalisations. Mais là encore, le mécanisme exact m’échappe ?
Le fait que les Européens se tirent eux même dans les pattes n’arrange rien, ne faudrait t’il pas une Europe politique pour canaliser tout cela ?
Le fractionnement du travail (CDD, intérim, temps partiel), n’a t’il pas eu pour effet de dispenser les entreprises de mettre en place des stratégies à long terme de gestion du personnel ? Les plus jeunes et les plus vieux servant de tampon au jour le jour suivant les variations de l’activité de l’entreprise ? Il y a t’il des moyens d’action pour changer tout cela ?
Tu vois les questions ne manque pas, comme tout citoyen ne sortant pas d’une école de commerce ou d’une fac d’économie, j’ai besoin d’explications et peu d’hommes politiques et encore moins de journalistes ne me fournissent de réponses.

VLR a dit…

Une fois de plus, je te rejoins complètement. L'économie devrait être OBLIGATOIRE au lycée en sortant des querelles libéraux contre marxistes comme on peut le voir actuellement. Certaines informations économiques ne sont absolument pas partiales : la constitution d'un budget, la mécanique de la mondialisation, la dette publique, le lien investissement-épargne,... Bref il y a plein de sujets économiques qui ne sont pas forcément clivants sur le plan politique (on l'oublie trop souvent en France car on préfère l'affrontement à la discussion).

Pour répondre très brièvement et donc partiellement : le système monétaire actuel donne un très grand avantage aux USA car leur monnaie est prépondérante (c'est elle qui est omniprésente dans les échanges internationaux). Ainsi, un dollar vaut quelquechose partout, la banque centrale américaine peut donc financer le déficit américain en émettant des dollars qui gardent leur valeur. On n'imagine pas à quel point la confiance et la crédibilité d'une monnaie ont des incidences économiques et politiques considérables. C'est pourquoi l'euro est une très bonne chose.

En ce qui concerne l'Europe politique elle reste à construire. Je suis davantage partisan de coordonner les différentes politiques économiques que de les uniformiser. Ce qui me gène actuellement, c'est la concurrence fiscale (en particulier sur les sociétés) que se livrent les pays européens. Dès qu'un pays baisse ses impôts, les autres doivent s'aligner, cela me paraît dangereux à long terme.

Enfin, en ce qui concerne le marché de l'emploi, la fluidité est nécessaire mais elle ne sera acceptée que s'il existe un compromis social juste pour toutes les catégories de la populations.

Christian a dit…

Excellente initiative que l'info et réflexion ménées sur ce blog.

Concernant ton commentaire final sur le capitalisme est en train de s'auto détruire:
" Le débat présidentiel devrait être le lieu où se tranche ces grands problèmes stratégiques, il semble que tel ne sera pas le cas, les principaux acteurs ayant préféré les conseils des communicants à ceux des économistes"

De quels économistes parles-tu ?

Car les théories "économistes" marxistes ou capitalistes, peu importe, n'ont, jusqu'à maintenant servies, qu' a définir la manière + ou - élégante de spolier le bon peuple au bénéfice de quelques uns.
(la taile du bon peuple et des queques uns est bien sur relative)

As-tu déjà vu une théorie économiste basée sur le fonctionnement biologique des écosystémes.

Non, cela n'existe pas.
Et pour temps ce serait la seule qui mettrait la vie au centre des relations "socio économiques que l'homme devraient développer"

Et c'est la seule qui reste, non pas à inventer, mais à copier sur les échanges énergétiques, biologiques, qui régentent, de puis des millions d'année, la biosphére.

Mais nous avons un double probléme :
l'homme souffre de la "Grosse Tête" et du syndrome des "grosses couilles".

Effectivement cela s'est déjà traduit par l'effondrement de civilisations et par des guerres à la fois à l'origines et conséquences de ces effondrements.

Sauf que maintenant on est en mesure de provoquer l'effondrement final, car on a la tête de plus en plus grosse et on est pas guerri de la maladie des "grosses couilles".

La politique ( celle qu'on nous sert au 20H ) ne fait appel justement qu'à "Grosse Tête" et "Grosses Couilles".

Car il faut rassurer par son intelligence et par sa force, c'est comme ça que sont élus (désignés ou auto-désignés) les chefs dans les communautés humaines depuis des millénaires.

Tant qu'on abordera pas de façon raisonnée et collective notre mode de fonctionnement humain, ce à quoi il nous conduit, ce en quoi il est un danger pour lui-même et la multitude à l'échelle de la planète,
on ne pourra pas, j'en suis certain, espérer résoudre le commencement du début des problémes que l'être humain génère à la planète.

Maintenant pour contre balancer cette vision pessimiste mais réaliste, les modes de communication transversaux générés par internet vont peut-être ( peut-être !) faire exploser les systéme pyramidale de la cheferie humaine et libérer les groupes humains de la tutelle des chefs ( chefs économiques, chefs politiques, chefs religieux, chefs de...)
L'homme, ses religions lui ont bourré le mou la-dessus, a voulu tout régenté sur la terre au nom de... (chercher le Dieu adéquat à votre ethnie sociale) et mettre la vie au carré ( Maison, Jardin, route) mais la vie biologique sur terre n'obéit pas aux régles de l'homme et tout le monde n'a pas encore compris que nous l'avons oublié.

Le principal probléme de l'hommes est qu'il est perdu car il oublié que c'est la terre qui lui a donné la vie.
L'humanité n'est pas encore devenue adulte et responsable, aura-t-elle le temps de le devenir ?

Ne nous reste-t-il qu'à prier ?

Oui ! mais quand les hommes sur cette terre prieront tous pour la même chose ( cad le bonheur de son voisin, car on en peut être heureux tout seul ! et encore plus contre ou au détriment des autres-humains-animaux-plantes-etc...)

Alors ce jour la nos enfants seront sauvés.

FrédéricLN a dit…

Excellentes sources et réflexion intéressante. Bravo ! Les trois ans de recul contribuent à la robustesse de cette réflexion.