19 juillet 2008

L'irresponsabilité Sarkozyste


Nicolas Sarkozy n'a que le mot "responsabilité" à la bouche, qu'il s'agisse de réclamer la démission de Daniel Bouton après le scandale Kerviel, d'obtenir celle du général Cuche après le drame de Carcassonne ou de mettre la pression sur Anne Lauvergeon après les fuites d'uranium au Tricastin. Mais cette obsession de la responsabilité, qui consiste à trouver un fusible, le plus haut possible, à chaque dysfonctionnement masque en fait l'irresponsabilité la plus totale.

Quel sens y'a-t-il en effet à exiger la démission d'une personne qui est tellement haute dans la hiérarchie que l'on peut être sûr qu'elle n'avait quasiment aucun levier ?cela relève de tout sauf du sens des responsabilités. Le comble du grotesque a été atteint quand le Président de la République a justifié la démission du chef d'Etat major de l'armée de Terre, le Général Cuche, en indiquant que sa responsabilité de chef des armées l'exigeait. Il suffit de pousser le raisonnement jusqu'à son terme pour arriver à la conclusion que c'était alors au Président de la République lui-même de démissionner.

Derrière cette fausse conception de la responsabilité, se cache une attitude quasi-féodale : les hauts responsables sont la nouvelle noblesse, ils doivent donc faire preuve d'un grand sens de l'honneur, ce qui suppose de remettre leurs titres en jeu s'ils perdent la face. En échange, cette nouvelle noblesse jouit des privilèges de l'époque moderne, à savoir des salaires très élevés. Cette vision est aujourd'hui complètement obsolète et ne devrait pas avoir lieu d'être.

Quel est le résultat de la doctrine sarkozyste de la responsabilité ? Le phénomène de cour bien évidemment, comme l'a très bien noté Dominique de Villepin. Chacun craint la disgrâce, et n'hésitera donc pas à faire porter le chapeau à un autre si cela permet de conserver son poste : la démission du patron de la Socatri, filiale d'AREVA en est l'illustration. Comme sous la Monarchie absolue, il y a une alliance objective entre le monarque et le peuple, à savoir le président et l'opinion, pour faire pression sur la noblesse, c'est-à-dire les corps intermédiaires. On taxe cette pratique du pouvoir de Bonapartisme, mais c'est oublier que durant le Consulat, Napoléon avait au contraire cherché à relever les corps intermédiaires en créant par exemple le Conseil d'Etat chargé d'orienter sa politique.

Du coup, les observateurs critiques du régime s'en donnent à coeur joie, à commencer par ce courant qui n'existe qu'en France : l'extrême-centre de François Bayrou et de Marianne. Ils ont beau jeu de dénoncer la monarchisation du régime et n'hésitent pas à exagérer cette dérive en comparant la France à une République bananière. Plutôt que d'attaquer Nicolas Sarkozy tous azimuts, ils feraient mieux de soutenir les membres des corps intermédiaires qui sont mis sur la sellette et de dénoncer ceux qui finissent par renoncer en démissionnant. Ainsi, tout le monde devrait se réjouir de l'audace et du véritable sens des responsabilités dont a fait preuve le PDG de France Télévisions Patrick de Carolis, qui a répondu vertement au chef de l'Etat tout en défendant les intérêts vitaux de son entreprise et de ses salariés. En agissant de la sorte, cet homme jusque là très révérencieux a certainement sauvé sa place, il sera intéressant de voir la réaction de Nicolas Sarkozy dans les mois à venir : soit il le maintient en poste et ce sera le signal pour les représentants des corps intermédiaires de s'affirmer davantage, ce qui prouvera que le phénomène observé jusque là était moins du à un autoritarisme du chef de l'Etat qu'à une faiblesse congénitale des élites française, soit il le remplace et ce sera alors le signe que le Président de la République ne supporte pas la moindre contradiction et qu'il se comporte comme un monarque.

1 commentaire:

Jeanlouis parce que c'est ringard a dit…

L'irresponsabilité que vous venez de décrire ma paraît être évidente. N'est-elle pas d'autant plus grave qu'elle se couple à une caractéristique de notre président qui est "je te fais payer le double de ce que tu m'as fait subir". Sans faire de psychologie, il me paraît évident que Nicolas Sarkozy est un brin revanchard. L'exemple qui suit tend à le prouver :
1 - Publication du livre blanc sur l'armée ; révision de la carte militaire
2 - Mécontentement des armées qui le font savoir
3 - Réaction présidentielle : la moins probable : on met des vraies balles à Carcassonne ; la plus probable : on vire le général Cuche.
5 - Encore plus mécontents ?
Ok, on invite Bachar, on va voir qui décide dans ce pays.

Je conçois de la simplicité de cette approche mais me demande malheureusement si elle n'est pas, au moins en partie, vraie. Si tel est réellement le cas nous aurions donc plus qu'un président irresponsable.