07 janvier 2007

Critique du volontarisme politique


Après le modèle social Français, c'est maintenant avec "une certaine manière de faire de la politique" que Nicolas Sarkozy a envie de rompre. L'entreprise peut paraître moins audacieuse et moins risquée que la précédente, elle est en tous cas symptomatique d'un discours ambiant qui fait du volontarisme politique la solution à tous nos maux.

Qu'on ne se méprenne point : je préfère les hommes et les femmes politiques volontaires plutôt que ceux qui sont résignés, mais je pense qu'il y a une sorte d'imposture intellectuelle à réduire les grands problèmes auxquels notre pays est confronté à des questions de méthode ou de "logiciel" politique. C'est un peu comme ci un mathématicien qui serait confronté à un problème qu'il ne parviendrait pas à résoudre proposait comme unique solution de changer de calculatrice. Les problèmes sont en fait plus complexes, il n'existe pas, dans la plupart des cas, de solution qui satisfasse tout le monde. Prenons le cas du financement des retraites, qu'elle que soit la manière dont on envisage le problème, il faudra bien "fâcher" certaines catégories de la population, qu'il s'agisse des actifs si l'on choisit d'augmenter la durée ou le montant des cotisations ou des retraités si la solution retenue est de diminuer les pensions. Dans ce problème fondamental comme dans tant d'autres, le volontarisme politique ne change rien, ce qui compte c'est la pédagogie, la manière d'engager les réformes et de trouver un "compromis social" entre les diverses composantes de la société.

En voulant "redonner à la politique ses lettres de noblesse", on fait plus que condamner simplement les années Mitterrand-Chirac, on tente de réintroduire la morale dans la décision politique. Plutôt que de pointer les complexités des problèmes à traiter et la rapidité des mutations du monde qui nous entoure, on met en cause le courage et la volonté des dirigeants actuels. Cette vision morale de la politique est très largement partagée par nos concitoyens, elle ne m'en paraît pas pour autant juste. Je pense en effet que l'immense majorité des responsables politiques ont une réelle envie de tout faire pour améliorer la situation de leur pays, ils y consacrent tout leur temps et leur énergie. Dans ce domaine, ce ne sont pas d'ailleurs ceux qui affichent le plus leur engagement qui sont les plus efficaces et on confond trop souvent la qualité du travail accompli avec l'activisme médiatique, comme le dit un problème Normand qu'il n'est nullement la peine de traduire "Grand disou, petit faisou".

Sous l'ère des médias et de la politique spectacle, la seule chose qui compte est de convaincre qu'on fait plutôt que de faire. Il y a là un grand danger pour la démocratie car les intérêts de court terme et la popularité deviennent l'alpha et l'oméga de la politique. Or, pour résoudre des problèmes complexes, il faut de la durée et de la continuité. La France est-elle condamnée depuis 1789 à ne vouloir avancer que par révolutions plutôt que par réformes successives ? Est-ce en cassant systématiquement ce qu'a accompli le gouvernement précédent que l'on parvient à mettre notre pays sur le chemin de la prospérité ?

En fait, derrière cette exaltation du volontarisme politique il y a un mal bien Français, l'idée que la politique peut régler tous les problèmes. Les Français surestiment les marges de manoeuvres de ceux qui les gouvernent, ils s'imaginent que tout est politique. Là encore l'Histoire de France telle qu'elle est enseignée explique ce trait de caractère très singulier. Les Français attendent un homme (ou une femme) providentiel(le) comme le furent par le passé Napoléon ou De Gaulle et qui mettrait fin aux petites combines du personnel politique. Car si les Français sont piqués de politique, ils se méfient ceux qui y consacrent leur vie, en ce sens, ils ont une vision très bonapartiste du pouvoir.

Le risque est grand que le débat présidentiel, plutôt que d'éclairer les Français sur les grands enjeux politiques à venir, ne se réduise à un choix entre un homme qui entend régler les problèmes par sa volonté et son hyper-activité et une madonne qui se fait fort de nous les faire oublier et de nous emmener dans un doux rêve, le temps d'une campagne électorale... Dans tous les cas, je prédis que les lendemains d'élection seront l'occasion d'une sévère gueule de bois pour le peuple français.

4 commentaires:

PEG a dit…

Cher ami,

Quand tu dis qu'il n'existe pas pour la plupart des problèmes de solution qui satisfasse tout le monde, et que tu en tire la solution que "le volontarisme politique ne change rien, ce qui compte c'est la pédagogie, la manière d'engager les réformes et de trouver un "compromis social" entre les diverses composantes de la société" ça ressemble plus à une pétition de principe que le fruit d'un raisonnement.

Je ne vois pas le lien logique entre "les problèmes sont complexes" et "la pédagogie marche mieux que le volontarisme".

Je serais même tenté de penser que, lorsque tu dis avec raision que certaines réformes fâcheront de toute manière une catégorie de la population, c'est d'autant plus une raison de s'attaquer avec audace aux problèmes. Si on fâchera quelqu'un de toute manière, autant y aller franco.

Que les élus veulent agir, je n'en doute pas. Mais c'est facile d'avoir les meilleures intentions du monde et de ne rien faire quand même. Le volontarisme est une méthode qui, si elle n'est pas forcément la meilleure dans tous les cas possibles, a le mérite d'être différente de celles qui ont déjà échoué.

VLR a dit…

Pour être plus clair je dirais ceci : plutôt que le courage et le volontarisme, je préfère l'habileté et la détermination. Un bon homme politique, c'est celui qui arrive à faire de l'ingénierie sociale, qui arrive à contourner les peurs pour réformer.

Qu'appelle t-on courage ? Si c'est la capacité à affronter l'impopularité, on voit où cela peut mener (cf. CPE). Si c'est autre chose il faut que l'on m'explique...

Plus généralement, en disant "Ensemble tout devient possible" on ment, ce n'est pas un "énorme" mensonge car tous les slogans sont caricaturaux et que celui-ci ne fait donc pas exception, il n'en reste pas moins que faire croire à un peuple qu'il a toutes les cartes en main et que tout peut être changé et que tout peut aller mieux demain, c'est le tromper.

Anonyme a dit…

Pour répondre à PEG, c'est une réalité du pouvoir que de devoir associer l'autorité politique et le compromis social.

Cependant, le courage politique, selon moi la volonté de réformer et de légiférer sur les sujets sensibles, est une critique qui me semble fondée.

Pour reprendre l'exemple du problème des retraites, il aurait du être abordé bien plus tôt, mais les politiques l'ont évité jusqu'au dernier moment, et les réformes faites en urgence sont d'une efficacité moindre.

Le tort n'est pas exclusif d'un parti, car sous la présidence de Chirac avant Jospin, elle aurait du être abordée.
Mais la dissolution, outre l'intérêt d'avoir calqué le mandat présidentiel sur celui des députés, a permis à la droite de faire passer son tour pour refiler ce dossier épineux, et d'autres, à la gauche.

Malheureusement, le gouvernement Jospin a trouvé un autre cheval de bataille, les 35h, et a fait l'impasse comme son prédécesseur.

L'autre dossier dont on parle peu et qui implique de nombreux problèmes, et qui touche ceux posés par les retraites ou la sécurité sociale notament, est celui de l'endettement de l'état.
Et indéniablement, il va falloir que nos politiques fassent preuve de courage sur ce sujet.

Herbie

Anonyme a dit…

Juste un petit message pour te dire que je suis très fière et admirative de ce que tu es, ce que tu fais et de ce que tu dis!!
Gros bisous, petit frère!!