17 janvier 2010

Injustices et quotas

Le débat récent autour de l’objectif de 30% de boursiers admis dans les Grandes Ecoles est venu relancer les discussions autour de la discrimination positive et plus particulièrement de l’instauration de quotas. Le constat est simple : il n’y a pas de diversité sociale au sein des institutions scolaires en charge de la formation des futures élites du pays, il faut donc adopter des mesures permettant d’augmenter la proportion des classes sociales dites défavorisées au sein de ces établissements.

Ce raisonnement est condamnable à plusieurs titres, ce que n’a pas manqué de relever la Conférence des Grandes Ecoles : tout d’abord il y a un risque de baisse du niveau si les conditions d’admission sont relâchées, ensuite on créé un effet pervers à la sortie avec deux types de diplômés aux yeux des employeurs, ceux qui sont entrés par la voie « normale » et ceux qui sont entrés par la voie « parallèle », enfin on revient sur une des bases de la méritocratie républicaine, le concours.

Face à ces réserves, plusieurs membres éminents de l’intelligentsia parisienne ont décidé de s’ériger en professeurs de morale. Du haut de leur superbe, Richard Descoings, Alain Minc ou encore Jacques Attali ont choisi d’attaquer frontalement un système qui favoriserait la reproduction sociale et n’ont vu dans les positions de la CGE que le symbole de la réaction sociale. La situation peut faire sourire quand on sait que ces trois personnes ont su tirer avantage jusqu’à la dernière goutte du système élitiste qu’ils dénoncent aujourd’hui.

Mais la question posée par ce débat mérite mieux que ces polémiques et elle doit nous conduire à nous interroger sur la nature même des injustices que l’on se propose de résorber. L’erreur fondamentale des tenants des quotas est de penser que l’on peut compenser une injustice en allant en créer une autre ailleurs. Or les injustices ne peuvent que s’additionner et non se soustraire les unes aux autres. L’injustice est d’abord et avant tout individuelle, elle ne devient un phénomène social qu’à partir du moment où elle touche un nombre important d’individus. L’individualisme méthodologique peut donc être employé dans ce cas précis, c’est-à-dire que l’on peut considérer que l’injustice d’un système est la somme des injustices qu’il cause aux individus qui composent la société.

Il en va tout autrement de phénomènes comme la richesse ou le bonheur qui sont avant tout des phénomènes sociaux relatifs, dans lesquels un individu a besoin de regarder la situation du reste de la population pour porter un jugement sur sa propre situation. Etre riche n’a pas de sens dans l’absolu, on ne peut être riche que « par rapport à ». L’injustice, d’autant plus qu’elle est forte, revêt un caractère plus absolu : dès lors que j’estime être victime d’une injustice, peu me chaut que d’autres individus en soient également victime : j’exige réparation.

Toutes ces considérations m’amènent à affirmer que raisonner en moyenne à propos des injustices n’a pas de sens. Pour que les choses soient claires, voici un petit modèle simplifié à outrance à propos du système des Grandes Ecoles. Supposons qu’il y ait deux catégories dans la population : les riches et les pauvres, en proportions égales, supposons par ailleurs que la proportion d’élèves doués soit la même dans ces deux populations. On a par exemple 50 élèves pauvres et doués, 50 pauvres et pas doués, 50 riches et doués et 50 riches et non doués. Une Grande Ecole recrute 100 élèves, selon les proportions suivantes : 70 riches (dont 40 doués) et 30 pauvres (dont 20 doués). L’injustice de ce système correspond aux élèves qui intègrent cette école alors qu’ils n’en ont pas le niveau, ou, ce qui revient au même dans cet exemple, le nombre d’élèves doués qui ne l’intègre pas. Le recrutement de cette école induit donc une injustice de 40.

Pour corriger ce phénomène, un gouvernement demande que la Grande Ecole modifie son recrutement pour atteindre 50% d’élèves pauvres en son sein. Un quota est mis en place, si bien que les nouvelles proportions sont les suivantes : 50 riches (dont 30 doués) et 50 pauvres (dont 25 doués). Dans ce nouveau système, qui donne l’apparence de la justice, on a en fait augmenté les injustices puisqu’elles atteignent désormais le niveau de 45, on a donc ajouté de la frustration dans la société. Bien entendu, il ne s’agit là que d’un exemple, mais il tente de montrer qu’en se focalisant sur un mauvais indicateur (riche/pauvre ou boursier/non boursier) on prend le risque de diminuer la justice d’un système (ici : que les doués rentrent dans la Grande Ecole).

Il faut donc envisager d’autres mesures que les quotas pour améliorer la justice du système des Grandes Ecoles : éviter qu’il n’y ait des asymétries d’informations tout au long du système scolaire, donner de l’ambition aux élèves des classes sociales défavorisées (car si dans les classes favorisées, les parents peuvent avoir de l’ambition à la place de leurs enfants, il ne semble pas que ce soit le cas dans les classes défavorisées), éviter les épreuves trop socialement discriminantes sans pour autant renoncer à un haut niveau d’exigence culturelle, instaurer du tutorat pour les élèves de ZEP qui présentent de bonnes facultés intellectuelles…

Tout ceci nécessite un travail de longue haleine, qui doit mobiliser la société dans son ensemble, on comprend donc que cette méthode soit moins séduisante et spectaculaire que celle des quotas. Mais il s’agit de la seule méthode qui permette efficacement de lutter contre les injustices. Il est d'ailleurs intéressant de constater que l'on n'entende pas d'élèves boursiers actuellement en classes préparatoires réclamer le système des quotas : ces intéressés au premier chef rejettent ainsi l'introduction de l'arbitraire pour sanctionner leur travail.

15 commentaires:

Benoît a dit…

tout à fait d'accord sur le fond. Toutefois, l'utilisation d'un exemple trop simple peut desservir la démonstration: il conviendrait d'expliquer pourquoi la sélection avec quota de 50 riches et 50 pauvres donne 30 doués chez les riches pour 25 chez les pauvres, alors que les riches et les pauvres sont initialement supposés également doués.

d'autre part, on écrit "peu me chaut" et non "peut me chaut"!

VLR a dit…

La seule chose que j'ai voulu avec cet exemple (que j'ai reconnu être extrêmement simpliste) c'est que l'instauration de quotas POUVAIT rendre le système plus injuste, bien entendu avec d'autres chiffres on peut trouver des exemples où les injustices sont réduites.

Le fait que 30 riches soient correctement détectés et seulement 25 pauvres se justifie selon moi par le fait que le système de concours est moins arbitraire qu'un système de quotas et donc qu'il permet de mieux détecter les doués.

Merci de m'avoir signalé l'horrible faute d'orthographe qui s'était glissée dans mon article.

Anonyme a dit…

Salut Vincent,

Je suis un lecteur assidu de tes articles, toujours intéressants. Mais je ne te cache pas que je suis très déçu par celui-ci. Ne vois par contre aucune animosité dans mon commentaire, bien au contraire, mais je vais être cash ;-)

Tu n'apportes rien, c'est banal, et il n'y a aucune profondeur dans la réflexion. Notamment :

"tout d’abord il y a un risque de baisse du niveau si les conditions d’admission sont relâchées" : le problème, c'est que tu ne t'intéresses pas justement à la relativité de la notion de 'niveau' qui est au coeur du débat... Le sacro-saint niveau dont tu parles est, aux yeux de certains, profondément arbitraire et discriminant aussi bien intellectuellement... que socialement. C'est un des points fondamentaux du débat que tu n'évoques même pas : la légitimité de la sélection, dans l'absolu (et aussi socialement). Car le débat est aussi l'occasion de souligner le caractère profondément relatif des critères d'admissions dans nos chères(!!) Grandes Ecoles.

"on créé un effet pervers à la sortie avec deux types de diplômés aux yeux des employeurs, ceux qui sont entrés par la voie « normale » et ceux qui sont entrés par la voie « parallèle »" : tu raisonnes sans ouverture par rapport au système actuel. Sans parler des quotas, on peut imaginer des voies différentes pour entrer dans une école. Différentes, pas de niveaux différents. Et les admissions sur titre, et les second concours ? Ces voies sont tout aussi légitimes et riches d'étudiants doués. Simplement, ce n'est plus exactement de la méritocratie scolaire, alors... ceux entrés par le concours prépa méprisent ces voies. Quel manque d'ouverture d'esprit!!!

Et ton exemple numérique... c'est presque de la désinformation. J'ai envie de te dire : un contre-exemple n'apporte pas grand chose dans un débat, d'autant plus qu'on ne connaît pas sa plausibilité et qu'il a été fabriqué de toutes pièces!

Mon commentaire n'est pas allé très loin dans l'analyse, ni la contre-argumentation. Je souhaitais juste réagir à chaud, sans avoir le temps de construire une réflexion plus poussée que la tienne (ce n'était pas l'ambition de ce commentaire d'ailleurs...)

En résumé : à mon sens, tu passes totalement à côté du débat. Je te le dis avec autant d'humilité que de sympathie : je suis déçu :-)

Bien cordialement!

damienc a dit…

Encore un bon article qui dénonce à juste titre le principe des quotas par rapport à la justice simple et arithmétique des concours.
Petite question qu'il aurait été intéressant de voir préciser : Quel est le taux actuel d'élèves boursiers en France ?
J'en profite pour en signaler une seconde faute: "Toutes ces considérations m'amène à penser que...".

Anonyme a dit…

Bravo, comme d'habitude, d'attirer l'attention des fidèles du blog sur des "fausses évidences".

Le terme "doué" mériterait cependant d'être développé.

1- Il s'agit, à première vue, des individus "doués" pour réussir les examens successifs que propose notre système éducatif.

2- Les individus "doués" peuvent aussi entre entendus comme "intellectuellement précoces" ("sur"doués) et il semble effectivement que leur répartition soit indépendante des catégories socioprofessionnelles.

Les individus "doués" du point 1 ne sont pas également répartis au sein de la population. On sait clairement, dans ce cas, qu'on est d'autant plus "doué" que nos parents appartiennent aux catégories socioprofessionnelles dites favorisées ou qui partagent les "codes" scolaires. J'illustre cela par un exemple simple (les chiffres sont ceux du Ministère de l'Éducation Nationale). À l'issue de l'école primaire, le redoublement touche :
- 3 % des enfants d'enseignants;
- 7% des enfants de cadres et...
- 20% des enfants d'ouvriers et d'employés
- 41% des enfants des ménages inactifs !

Comment peut-on expliquer cela si l'on considère, par hypothèse, que les capacités intellectuelles sont équitablement réparties dans la population ?

On comprend que la "réussite" à l'école est dépendante de l'environnement familial et culturel dans lequel évolue chaque enfant. Des chercheurs (comme Pascal BRESSOUXou ceux de l'Institut de Recherche en Éducation...) essaient de quantifier les influences relatives de divers paramètres dans la réussite scolaire des élèves : le milieu familial, l'effet-maître, l'effet-classe, l'effet-établissement, etc.
Des modèles d'analyse statistique multivariée sont bien entendus utilisés. Le travail sur de l'humain est cependant plus complexe à conduire que celui sur des atomes. L'interprétation, dans le cas de l'humain, n'est pas "mécanique".

D'après certaines publications de ces chercheurs (http://www.inrp.fr/publications/edition-electronique/revue-francaise-de-pedagogie/INRP_RF108_8.pdf), on comprend que l'effet-maître aurait une influence deux fois plus importante que l'origine sociale (pour le dire vite) dans la réussite des élèves.

La question sous-jacente de la "méritocratie" est interrogée actuellement par des chercheurs comme François Dubet et Marie Duru Bellat.

Cordialement à tous,

S.Respaud

Vincent T. a dit…

Dans la lignée des reproches orthographiques (proches des fautes de frappe), la "langue haleine", et le "rejette ntainsi". Tu n'aurais jamais réussi un concours de grande école avec ces erreurs ;)

Je ne comprends pas vraiment l'intérêt de la démonstration chiffrée, vu son manque de généralité, mais on peut s'accorder sur le fait que de forcer des élèves boursiers à intégrer les Grandes Écoles peut desservir ces derniers (risque de discrimination ultérieure). Qu'en est-il des universitaires qui rentrent sans concours dans feu ton école ?

À noter que "doué" est une notion assez abstraite, je doute qu'une entreprise ait besoin d'individus sachant résoudre une équation aux dérivées partielles pour gérer une équipe. D'autre part, on peut avoir un excellent niveau sans nécessairement sélectionner à l'entrée : une sélection progressive des élèves, année après année, est tout aussi efficace. Ça évite de ne rien apprendre entre la sortie de prépa et l'entrée dans le monde du travail ;)

VLR a dit…

@Anonyme (qui est-ce au fait ?),

La sincérité dont tu fais preuve exclut d'elle-même toute trace d'animosité. Je commence par les points d'accord que j'ai avec toi : c'est loin d'être mon meilleur article (il relève plus du commentaire journalistique que de la réflexion) et le petit modèle n'apporte pas grand chose, c'est pour cela que j'ai jugé utile de faire figurer "simplifié à outrance".

Je reprends tes deux premières critiques, elles ne me paraissent pas tant justifiées puisque je ne faisais, au début de cet article, que de resituer le débat en donnant les arguments utilisés par la CGE. Preuve de mon relatif détachement vis-à-vis de ces arguments, mon début de 4ème paragraphe "ce débat mérite mieux que ces polémiques". Bien entendu, je ne me cache pas derrière mon petit doigt et je suis assez proche des réserves de la CGE, même si celle de la baisse du niveau ne me semble pas la plus pertinente.

Sur le fond, chaque système de sélection des élites comporte une part d'arbitraire, pourtant, aucune société à aucune époque n'a pu y échapper. La sélection est donc légitime et si elle n'est pas organisée par les concours elle sera organisée différemment sur des critères certainement plus arbitraire (la naissance...). De toute façon, ce n'est ni toi ni moi qui choisissons si un système est bon ou pas : c'est la société qui attache du crédit ou pas à la sélection des élites qu'on lui propose. La force du modèle actuel, fruit d'une évolution de plusieurs siècles, c'est qu'il est reconnu légitime par les acteurs de la société. La logique de rupture qui sous-tend le système des quotas, ignore ou feint d'ignorer ces processus de maturation sociale. Pour le dire autrement : le politique ne décrète pas qui sont les élites, il propose un système et la société l'accepte ou pas.

J'en viens à ce qui constitue, selon moi, la valeur ajoutée intellectuelle de mon article : il s'agit des paragraphes 4 et 5, à propos du caractère absolu de l'injustice qui rend inopérant les moyennes macros tant prisées par les sciences sociales. C'est parce que cet argument me semble fort et qu'il n'apparaît pas dans le débat qu'il m'a semblé légitime d'écrire cet article, tout le reste étant plutôt de l'habillage (en particulier le modèle numérique).

Vincent

VLR a dit…

@ Damien,

Je ne connais pas le nombre de boursiers, mais je suis d'accord avec toi pour dire qu'un indicateur plus intéressant (même s'il reste imparfait) serait la proportion de boursiers qui présente un concours et la proportion qui y est reçue. Quand on sait en plus que des riches sont boursiers, que des pauvres ne le sont pas et que tous ces chiffres dépendent d'un seuil arbitraire à partir duquel on décide d'attribuer les bourses, on se dit que les effets pervers sont légion.

@ Stéphane,

J'ai effectivement voulu aller vite : la notion de "doué" me semble contestable. Je partage l'intégralité de ton commentaire. Les "doués à passer les concours" ne sont pas également répartis dans la population. La logique de certains actuellement est de dire qu'il faut alors corriger le système pour que les concours ne sélectionnent plus "les doués à passer les concours", cela me semble être une rustine peu efficace. Le vrai enjeu c'est de faire que les "doués à passer les concours" soient de mieux en mieux répartis au sein de la population.

Mon avant dernier paragraphe tente de fournir quelques pistes (très lacunaires j'en conviens), mais ce qui me semble important, c'est de ne pas se résigner à ce que les enfants issus de milieux modestes ne puissent pas entrer dans les Grandes Ecoles avec le système actuel, ce qui reviendrait à nier la volonté individuelle (grande oubliée des sciences sociales). Bien entendu, des discriminations sociales subsiteront, c'est évident, sauf à confisquer tous les enfants à la naissance et les confier à un grand service public, ce qui ne me semble pas souhaitable :-). Mais des progrès peuvent et doivent être faits.

VLR a dit…

@ Vincent T,

Je crois avoir répondu, au moins partiellement à ton commentaire dans mes commentaires précédents. Une fois de plus un système de sélection des élites doit répondre à deux objectifs :
1- Sélectionner des gens talentueux
2- Etre reconnu comme légitime par la société

C'est aujourd'hui incontestablement le cas. Ajoutons que le système des concours permet, de surcroit, d'éviter toute discrimination directe (surtout à l'écrit).

Dire cela, ce n'est pas faire preuve de "réaction sociale" (ce serait un peu loufoque de ma part).

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je ne suis pas du tout d'accord avec les deux points précédents:
2- Il me semble à l'inverse que le système de sélection à l'entrée des Grandes Ecoles fait de moins en moins consensus dans la société. La preuve en est d'ailleurs la récurrence des débats de cet acabit.
1- Le problème en l'occurence n'est pas de savoir si les concours permettent de sélectionner des gens talentueux, mais s'ils laissent de côté des gens qui le sont tout autant, voire plus.

Je vous invite également à relativiser l'importance des concours, que vous semblez considérer comme la seule alternative au favoritisme (voir une réponse plus haut). Il s'agit bel et bien d'une exception française; je doute, pour ma part, que nos voisins européens, dépourvus de concours, pratiquent allègrement le népotisme. Vu la place de la France dans les classement internationaux de corruption et de transparence, je ne pense pas que nous ayons de leçons à donner.

De façon plus générale, je ne saisis pas bien votre conception de la justice.
Voulez-vous dire que les concours sont justes parce que les règles sont les mêmes pour tous? Ou qu'ils sont justes parce qu'ils sélectionnent les plus "doués"? Ou encore que le résultat en est juste parce que conforme aux règles fixées d'avance (fairness and transparency)?
Pour ma part, je n'ai jamais eu l'impression d'être particulièrement "doué", surtout en maths, ce qui ne m'a pas empêché d'intégrer une grande école. Je ne sais donc pas trop ce que signifie la deuxième possibilité, et je me garde bien d'affirmer quoi que ce soit de tel quant aux concours. Mais pas vous, à ce qu'il me semble?

VLR a dit…

@ Anonyme,

Quand je dis que le système de sélection des élites est aujourd'hui reconnu comme légitime par la société, je ne veux pas dire qu'il ne pose pas de problème social, je dis juste que les acteurs concernés par ce recrutement (Etat, entreprises,...) me semblent satisfaits de la qualité des gens qu'on leur fournit. D'ailleurs, peu de personnes remettent en cause la qualité des ingénieurs des corps d'inspection technique, les inspecteurs de l'Autorité de Sureté Nucléaire, les membres du Conseil d'Etat, de la Cour des Comptes, des cadres d'EDF, Vinci,...

A ma connaissance, les autres pays pratiquent également les concours, la particularité française c'est de les centraliser au sein de grandes écoles. Plutôt que d'avoir un concours d'entrée au ministère des Affaires étrangères, des affaires sociales, de l'agriculture... on a le concours d'entrée à l'ENA par exemple. Et puis dans de nombreux pays, c'est l'université qui sélectionne. Selon moi, si l'université fournit relativement peu d'élites françaises, c'est parce qu'elle ne peut pas sélectionner contrairement aux grandes écoles.

Votre allusion à la corruption et à la transparence me semble empreinte de démagogie. Je pense que la compétence et le dévouement de la haute fonction publique française est internationalement reconnu.

Les concours (je ne peux parler que des concours scientifiques que j'ai passé) sont justes parce qu'ils font une abstraction totale de la personnalité du candidat. Ce que beaucoup réclament à propos des CV anonymes est réalisé depuis longtemps par les concours écrits qui sont complètement anonymes. Ces épreuves sanctionnent à la fois le travail accompli en prépa, la rigueur scientifique et une vivacité d'esprit. J'ai beaucoup plus de réserves sur les épreuves orales.

Anonyme a dit…

Permettez moi d'ajouter un petit lien des plus instructifs:

http://vidberg.blog.lemonde.fr/2010/01/15/des-quotas-dans-les-grandes-ecoles/

Bonne journée,
Tibo G.

Vincent T. a dit…

Les réserves que l'on peut avoir sur "sélectionner des gens talentueux" est que les compétences exigées pour réussir les concours ne sont pas celles requises pour le travail, et que réussir un concours à 20 ans ne devrait pas jouer sur toute une carrière.

Tu prétends que la qualité des fonctionnaires français est unanimement reconnue, je serais curieux de savoir ce qu'il en est à Bruxelles ou dans les organisations internationales (où on compare des gens de nationalités différentes effectuant le même boulot).

Par ailleurs, comme d'autres l'ont fait remarquer, c'est bien de sélectionner en moyenne des gens doués, mais il n'est probablement pas idéal d'interdire - à vie - les carrières intéressantes aux gens doués non sélectionnés, sous prétexte qu'ils ont raté ou n'ont pas passé des concours à 20 ans.

Enfin l'Université regorge de talents. On peut, par manque d'information ou de motivation choisir cette voie plutôt que la prépa, mais elle ne condamne pas à la médiocrité. On apprend d'autres compétence, mais ceux qui arrivent jusqu'en thèse n'ont pas toujours beaucoup à envier aux ingénieurs.

PS : tu n'as pas répondu sur la voie d'intégration universitaire des écoles d'ingénieurs...

VLR a dit…

@ Vincent T,

Ce que tu dis sur les différences entre les qualités académiques et les qualités professionnelles est vrai (nous ne manquerons pas d'en faire l'expérience), mais s'il y avait une si grande inadéquation, le système de sélection n'aurait pas survécu aussi longtemps. L'administration trouve son compte dans ce système.

La confidence sur les qualités internationalement reconnues de l'administration française m'a été faite par deux fins connaisseurs des questions européennes, dont un sévit comme professeur à l'Ecole des Mines de Paris.

Le système français est trop définitif, j'en conviens. Mais il s'agit d'un problème plus global qui fait que beaucoup de positions dans la société sont définitivement acquises : si personne ne peut descendre en statut social, alors personne ne peut monter. Pour ce qui nous concerne c'est pour cela que je suis favorable à la fin de l'emploi à vie pour les hauts fonctionnaires.

L'Université ne sera reconnue comme pourvoyeur de talents que quand elle pourra sélectionner ses étudiants. Les filières qui le font (médecine, droit) ont le même prestige que les Grandes Ecoles.

Je ne suis pas un fana de la voie universitaire pour l'entrée dans les grandes Ecoles (rappelons qu'elle représente aujourd'hui des effectifs numériquement marginaux). Un universitaire doit cependant avoir le droit de passer le concours, comme n'importe quel élève de prépa. Là où les deux filières (université et grandes écoles) doivent se retrouver et se mêler, c'est pour les doctorants.

Anonyme a dit…

Bonjour,

Mon commentaire sur le favoritisme ne portait pas du tout sur le recrutement des fonctionnaires français, ni sur leur qualité, et moins encore sur leur honnêteté. Je faisais seulement référence à une de vos réponses précédentes: "La sélection est donc légitime et si elle n'est pas organisée par les concours elle sera organisée différemment sur des critères certainement plus arbitraires (la naissance...)", que j'ai reformulée peut-être trop hardiment en "le concours ou le népotisme".

En ce qui concerne la sélection, tous les pays européens en pratiquent naturellement une. Pour les concours, je ne serais pas aussi catégorique que vous. Si l'on se limite à la question du recrutement des fonctionnaires, le Royaume-Uni par exemple a un processus proche de ce qui se pratique dans le secteur privé... et les qualités personnelles des candidats sont naturellement prises en compte. Tout ceci ne ressemble guère à un concours.

La formule magique élites=hauts-fonctionnaires=recrutement sur concours me semble donc bien être une exception française. Je conviens avec vous qu'elle répond à son objectif, c'est-à-dire sélectionner des gens compétents pour l'administration et les entreprises. Mais ceci ne signifie pas qu'elle soit juste, satisfaisante socialement ou la plus efficiente qui soit du point de vue économique.