01 novembre 2007

La dictature du politiquement correct


Tout ce qui entrave la liberté de penser doit être vigoureusement combattu, il faut ainsi lutter contre le dogmatisme, l'étroitesse d'esprit mais aussi contre le politiquement correct. En effet, la police des mots et de la pensée a aujourd'hui le vent en poupe, les antifascistes veillent et sont prêts à démarrer au quart de tour pour dénoncer pêle-mêle les atteintes aux droits de l'homme, le machisme, le racisme et pour débusquer les supposer réactionnaires.

Le politiquement correct, c'est l'inverse du populisme puisqu'il prospère plutôt chez les élites que chez le peuple et qu'il évite à tous prix la subversion quand ce dernier la promeut et l'instrumentalise. Pour autant ces deux doctrines se renforcent et se nourrissent l'une de l'autre. Le MRAP et SOS Racisme ne seraient rien sans le Front National, comme le tribun démagogue a besoin de l'"establishment" pour exister et donner toute sa mesure. Chacun fait le jeu de l'autre en servant d'épouvantail.

Le politiquement correct a souvent pour origine des combats nobles et des causes justes, mais il opère des généralisations abusives et dangereuses, il jette l'anathème sur quiconque ose remettre en cause ces questions de près ou de loin. Il va sans dire qu'il faut défendre l'antiracisme ou l'égalité entre les hommes et les femmes, ce n'est pas une raison pour interdire toute discussion sur des sujets connexes comme l'immigration ou la parité. En empêchant le débat public sur ces questions, on ne fait que mettre un couvercle sur une marmite en ébullition, car ce qui ne peut plus être ouvertement exprimé est alors insinué et continue à se diffuser dans la société. La censure et la mise à l'index n'ont toujours fait que renforcer ce contre quoi ils étaient censés lutter.

Les médias ont également une responsabilité écrasante dans l'installation du politiquement correct. De Delarue à Ardisson, on glorifie une tolérance aussi insipide que stupide et on vilipende toute pensée qui ne rentre pas dans le moule. Les talk-shows sont devenus des salons mondains de plus en plus déconnectés de la réalité et éloignés des préoccupations des Français, où les tenants de la pensée unique se retrouvent entre eux. On dénonce la main sur le coeur l'utilisation politicienne de l'insécurité mais on habite dans un appartement du XVIème arrondissement protégé par trois digicodes et plusieurs vigils, on s'en prend au gouvernement qui fait des cadeaux aux riches mais on n'hésite pas à faire de l'optimisation (voire de l'expatriation) fiscale. Dans une démocratie, les médias doivent véhiculer les opinions et non les prescrire. Ce n'est pas à eux de juger si une personnalité est fréquentable ou si une idée est défendable.

Ce qui est le plus condamnable dans le politiquement correct, c'est qu'il pousse au simplisme et au manichéisme. Le monde est divisé en deux : d'un côté les victimes et de l'autre les salauds. Si vous apportez la moindre nuance aux thèses antiracistes c'est que vous êtes raciste, si vous pensez que le colonialisme n'est pas qu'une entreprise d'exploitation alors vous êtes un néo-colonialiste, si vous voyez la parité comme une entrave à la promotion par le mérite ou que, tout simplement, vous estimez que le tennis féminin n'offre pas le même spectacle que le tennis masculin alors vous êtes un machiste. Il n'y a plus de place pour la demi-mesure ou la nuance.

Le monde scientifique n'est pas épargné par ce mouvement depuis que l'écologie est devenur la forme ultime du politiquement correct : on refuse d'ouvrir certains débats concernant le réchauffement climatique par peur de passer pour un destructeur de la nature à la solde des industries polluantes. En étouffant le débat sur ce sujet crucial, on ne rend pas service à la planète : ces questions sont tellement complexes qu'elles exigent la confrontation de tous les points de vue, aucune piste ne doit être négligée. Le GIEC (Groupement International des Experts Climatiques), qui vient de recevoir le prix Nobel de la paix, est en cela une bien curieuse assemblée : on demande à des chercheurs de parvenir à un consensus, comme si la vérité scientifique était affaire d'opinion et de compromis. Les grands scientifiques ont pourtant souvent raison seuls contre tous, certains ont même été brûlés pour cela.

Le politiquement correct est une doctrine curieuse, c'est la tolérance universelle à l'exception de ce qui est intolérable. Il s'agit donc d'une forme de totalitarisme qui pourrait bien être le communisme du XXIème siècle.

4 commentaires:

Bobolze a dit…

à mort le tennis féminin!!! Hingis en est un nouvel exemple. La seule qu'on ne pensait pas dopée l'est.

frédéric a dit…

Mon dieu, que je suis content de trouver un tel poste sur Internet, qui devrait être un espace de liberté mais qui reflète in fine les opinions majoritaires d'une certaine élite.
je défends pour ma part une certaine indépendance vis à vis de la pensée dominante,dans un élan concerté de post modernisme

Anonyme a dit…

c'est amusant, tu fais l'éloge de la nuance, et en même temps tu condamnes vigoureusement le "politiquement correct" sans ouvrir le débat de "quelles limites à la liberté d'expression?", n'est ce pas un peu trop politiquement correct?

mathieu a dit…

C'est d'ailleurs à mon avis pour qu'il y ait une opposition et éviter un consensus trop rapide sur les questions du réchauffement climatique que Claude Allègre a pris une position aussi paradoxale sur la question.