22 avril 2007

La crise démocratique française est (presque) finie


Participation historique à 85%, 75% des suffrages pour les quatre partis de gouvernement contre 55% en 2002 : ce soir, la démocratie française a en partie résolu la crise qu'elle connait depuis plusieurs années et qui s'est accentuée depuis 2002. La France aura donc le droit à un débat clair entre deux visions de la politique, de l'économie et de la société. Quel que soit le vainqueur, il bénéficiera d'une forte légitimité et pourra conduire sereinement sa politique. La France a ce soir donné une belle d'image d'elle-même au monde entier alors qu'elle faisait honte le 21 avril 2002.

Les lecteurs assidus de ce blog pourront constater que je pourrais aisément me reconvertir dans les pronostics électoraux, car à part une légère surestimation de Jean-Marie Le Pen, mes fourchettes étaient les bonnes. Mon succès est à relativiser tant les instituts de sondages ont été fiables durant cette campagne électorale. Pour le second tour, certains annoncent déjà une victoire assez nette de Nicolas Sarkozy, plusieurs éléments viennent conforter cette hypothèse...

Tout d'abord, il est exceptionnel qu'un second tour vienne contredire les résultats du premier, la tendance naturelle est plutôt à l'amplification. Il est fort probable qu'une dynamique de fond est actuellement à l'oeuvre en faveur du candidat de l'UMP. Ensuite, le total des voix de gauche est historiquement bas, la candidate du PS est obligée de lorgner sur les électeurs de François Bayrou, qui semblent se répartir en égale proportion entre la gauche et la droite. Enfin, les interventions des deux candidats qualifiés pour le second tour ont été révélatrice de ce qu'a été la campagne de premier tour et de ce que sera celle du second : Nicolas Sarkozy a paru déterminé, sûr de lui et apaisé tandis que sa concurrente a continuer à enfiler les généralités et les banalités, endormissant tous ceux qui tentaient courageusement de suivre son allocution. On imagine mal comment, dès lors, elle pourrait sortir victorieuse d'un débat avec son adversaire de droite.

A gauche, on pense déjà à l'après, DSK joue les bons élèves pour reprendre le parti en cas de défaite, Besancenot se positionne pour prendre la tête de la gauche de la gauche après les scores catastrophiques d'Arlette Laguiller, Marie-Georges Buffet et José Bové. A droite, les ténors vont se démener dans les semaines à venir pour décrocher un poste ministériel. Etant donné l'ampleur de l'écart entre Sarkozy et Royal au premier tour, François Fillon semble très bien placer pour devenir Premier Ministre, un écart plus faible aurait sans doute profité à Jean-Louis Borloo.

Restera au futur gouvernement de résoudre réellement la crise démocratique française, en engageant des réformes profondes et surtout en obtenant des résultats. Seule une baisse durable et sensible du chômage pourra panser définitivement les blessures de notre pays.

Concluons par un pronostic pour le second tour : 55% pour Sarkozy et 45% pour Royal.

1 commentaire:

Jeremy Godoy a dit…

Que penser des deux discours qui nous ont été présentés ce soir par les deux candidats au deuxième tour de l'élection présidentielle française ? Sans attendre d'en trouver intégralement le texte – je lance un appel – je voudrais savoir si vous avez vécu, ressenti comme moi l'incroyable contre performance pour ne pas dire désastre de Madame Royal.

Que s'est-il passé ?

D'abord les heures d'attente. Dernière à s'exprimer, presque sur le coup de 22 heures ! Que s'est-il passé au QG de Madame Royal durant l'heure et demi qui a suivi l'incroyable discours de Nicolas Sarkosy.

Madame Royal est apparue hésitante, fébrile, absente même à la Tribune. Dès les premiers accords de son discours, on a senti que quelque chose était en train de se mal passer. J'attendrais de relire attentivement les propos qu'elle a tenu mais il m'a semblé, dans un discours haché, récité, mal appris, pénible pour ne pas dire indigne de la fonction à laquelle elle prétend, que Madame Royal nous a livré un texte d'un autre âge, sorti d'un passé poussiéreux, des mots sans visages et qui sonnaient terriblement creux. Madame Royal a donné l'image d'une femme dépassée, incapable de reprendre le contrôle de la situation, incapable de nous faire partager une seule émotion, à l'exception de l'effroi qui lui, chaque minute passée, grandissait.

On sentait perceptiblement, sans les voir, les partisans d'une gauche nouvelle s'interroger du regard. Les tentatives désespérées de certains de déclencher par leurs applaudissements, chez leur candidate, un déclic salvateur, ont toutes échouées. Aucune ferveur n'était possible, aucun espoir n'était permis. Ce soir Ségolène s'est autodétruite devant la France entière sans que quiconque aie pu ou aie dû à intervenir. On a même pu craindre un instant que la lumière ne s'éteigne complètement, un désastre de plus ou peut être aussi une tentative désespérée pour donner l'occasion à madame Royal de souffler un instant avant de reprendre ses esprits.

Sur France Info, aucun extrait du fiasco de Ségolène Royal n'a été diffusé. On a lu ou relu pour elle une partie de son discours, sentant bien qu'il fallait très vite faire oublier se qui venait de se passer si l'on souhaitait encore qu'il y ait demain de quoi s'interroger sur l'échéance du second tour.

Une fois encore, Mesdames, Messieurs les journalistes, dites-nous se qui s'est passé au QG de Madame Royal durant l'heure et demi qui a suivi l'intervention de Monsieur Sarkosy !?

Justement parlons-en !

Le discours du candidat de l'UMP fut parfois brillant pour ne pas dire machiavélique. Néanmoins, il fut aussi d'une démagogie absolue. Monsieur Sarkosy a promis tout et à tout le monde, prenant un soin immense à n'oublier personne, jeunes, vieux, travailleurs, artisans, français, étrangers, jusqu'aux malades qu'il s'est autorisé à citer. Il ne restait en effet, pour reprendre en partie les mots de l'un des anciens ténors du parti socialiste sur un plateau TV, que Dieu et son boulanger qui ont été malencontreusement oubliés. Le bonheur pour tous, un travail pour chacun, dans une France "youpla trala la" débarrassée par magie de tous ses problèmes, voilà ce que nous a publiquement promis ce soir un Nicolas Sarkosy débordant d'une générosité gluante aux forts relents de future et immédiate désillusion. Disons pour sa défense qu'il aura au moins essayer de nous faire rêver.

Au final je suis plus inquiet qu'hier et un peu moins que demain. Je crois pour ma part que si l'on venait ce soir à proposer aux français un joker, beaucoup seraient tentés pour ne pas dire forcés de le prendre.

Pourquoi alors se poser la question des reports de voix pour le second tour ! Madame Royal, pantin désarticulé et Monsieur Sarkosy, dangereux démagogue ont réunis ce soir, vote utile compris, cinquante six pourcents des suffrages exprimés. La question est aujourd'hui de savoir se que feraient les deux grands partis, si d'aventure, les quarante quatre pourcents d'électeurs restant s'abstenaient massivement dans quinze jours. Avec moins de cinquante pourcents des votants au second tour, l'élection de l'un ou l'autre de ses deux candidats pourrait-elle être avalisée dans les faits ?

Cela repose en tout cas la question du vote blanc ! Et Monsieur Bayrou - j'ai particulièrement apprécié la chaleur, l'authenticité et la conviction de ses partisans réunis autour de lui – ferait peut être bien de s'en inspirer. Se ne serait certainement pas une mauvaise idée que de confier le ministère de la cohésion sociale à un homme comme Monsieur Besencenot ou pourquoi pas celui des affaires étrangères ä Monsieur ou Madame Lepen. L'occasion pour le premier de nous montrer, confronté à la réalité, comment concrétiser néanmoins ses idées et aux seconds, d'appréhender le monde autrement. Avec moins de cinquante pourcents des votants au second tour et une proposition peut être un peu folle mais continuant d'aller dans le sens d'un "gouverner autrement", toutes celles et ceux qui comme moi, ce soir, restent plus que jamais dans l'impossibilité de soutenir en conscience les deux candidats désignés, pourraient certainement donner à Monsieur Bayrou une nouvelle occasion de tout bouleverser !

Il nous faudra sinon attendre encore cinq années, avec, à la tête de notre état, un dangereux Berlusconi à talonnettes ou une candidate qui a été ce soir à deux doigts de perdre les pédales et qui pourrait bien demain, dans un pareil moment de pression, appuyer malencontreusement sur le bouton !