Bien qu'étant néfaste quand elle est surexploitée dans le débat politique, l'utopie est un moteur nécessaire pour avoir une vision de long terme. Les rêves sont mieux à même de guider les hommes que les réalités froides. Je vais essayer d'exprimer ici un des rêves politiques que je caresse depuis plusieurs années et que j'essaye de formaliser : la fusion des Etats Français et Allemand. L'objet de cet article n'est pas de présenter un projet détaillé mais de jeter les bases d'une réflexion qu'il conviendra d'approfondir.
Commençons par un constat à la fois simple et indiscutable : la France et l'Allemagne sont les deux principales puissances d'Europe continentale, elles sont désormais liées par une grande amitié, elles possèdent des cultures assez proches et partagent les mêmes valeurs. Ainsi, il va pour moi sans dire que si la France doit un jour fusionner avec un autre pays, ce ne peut être qu'avec l'Allemagne, et réciproquement.
Mais à quoi bon vouloir fusionner ? Pourquoi ne pas en rester aux nations telles qu'elles existent aujourd'hui ou, au contraire, envisager un Etat supra-national paneuropéen ? A la première question, je répondrai que dans la mondialisation, la taille des entités politiques revêt un caractère essentiel. En effet, avec l'interdépendance des nations, tout devient très vite un rapport de force entre deux puissances. Ce qui fait la force d'un Etat, c'est sa population, son PIB, son territoire et son niveau technologique, une fusion entre la France et l'Allemagne augmenterait naturellement tous ces indicateurs. Pour exemple, le nouvel ensemble ainsi constitué serait la deuxième puissance économique (entre les Etats-Unis et le Japon), le septième pays le plus peuplé (contre 14 et 20 aujourd'hui),... De plus, les complémentarités des deux pays sont assez fortes : l'Allemagne a beaucoup de PME qui exportent tandis que la France a des champions nationaux dans la quasi-totalité des secteurs (sauf les nouvelles technologies), l'Allemagne exporte beaucoup dans le monde alors que la France le fait surtout à l'intérieur de l'Europe.
Pour répondre à la question d'un Etat supra-national européen, je m'interesserai à la question de la souveraineté : je pense que la France et l'Allemagne peuvent accepter une fusion "entre égaux", où chacun ne perdrait que la moitié de sa souveraineté, en revanche, il me paraît inenvisageable de noyer la souveraineté nationale dans un ensemble trop grand, le saut à franchir est beaucoup trop important. Peut-être que si ce processus de fusion franco-allemande aboutissait, il pourrait être le point de départ d'une nouvelle intégration européenne, beaucoup plus forte, mais je pense qui faut d'abord procéder par cercles concentriques, ne pas faire avancer tout le monde au même rythme. Ainsi, je pense qu'il vaut mieux être la plus grande puissance régionale d'Europe plutôt qu'une partie minoritaire d'une Europe unifiée, en tous cas pour l'instant.
Quel pourrait être le processus de rapprochement des deux pays ? Il a déjà été commencé avec le traité d'amitié franco-allemand, la brigade franco-allemande et certains Conseils de ministres communs. De toute façon, le processus ne peut être que graduel. Ce qui doit changer en premier lieu, c'est le fait d'afficher officiellement le projet de rapprochement entre les deux pays. Puis viendra le temps d'une défense et d'une diplomatie commune (avec des amabassades communes), on pourrait également encourager les jeunes des deux pays à faire leur service civil (qui existe déjà en Allemagne et qui va sans aucun doute être instauré en France) dans l'autre pays. Il faudra également imposer l'apprentissage de l'Allemand en France et du Français en Allemagne. Puis viendra le temps de la convergence des régimes sociaux, de la politique économique et des institutions avec des collectivités locales identiques (sous le format des Länder allemands). Enfin, on pourra créer un embryon d'Etat supra-national avec un gouvernement resserré (il faudra garder deux gouvernements nationaux) et une chambre parlementaire qui serait issue d'une fusion entre le Sénat et le Bundesrät, chargée des orientations stratégiques et de long terme.
L'idée est bien de construire un Etat en conservant deux nations. Les peuples et les cultures ne se fusionnent pas, il est ainsi hors de question, de mon point de vue, d'envisager une langue commune entre la France et l'Allemagne. Si ce projet utopique (pour l'instant) aboutissait, il faudrait prendre garde à ne pas heurter nos partenaires européens en leur donnant des gages de notre bonne volonté au sein de l'Union Européenne. Un projet ne doit pas chasser l'autre.